Origine et histoire du Château de Saint-Gratien
Le château de Saint-Gratien, situé dans la Somme près d’Amiens, est une folie néo-classique construite à la fin du XVIIIe siècle. Commandé en 1786 par Jean-Baptiste Jourdain de Thieulloy, ancien maire d’Amiens, il remplace un édifice du XVIIe siècle partiellement conservé pour les communs. L’architecte Jacques-Pierre-Jean Rousseau conçoit un corps de logis rectangulaire en craie, orné de sculptures de François-Joseph Gruau, inspirées de dessins de Rousseau. Les travaux s’achèvent en 1789, et la chapelle est inaugurée en 1793.
Le domaine appartient initialement à la famille de Saint-Gratien, puis aux familles échevinales May (XVe siècle) et Saint-Delis (XVIe siècle), avant de passer aux Hirzel, protestants suisses. En 1778, Salomon d’Hirzel le vend à Jourdain de Thieulloy. Pendant la Première Guerre mondiale, le général Monash y installe son quartier général en 1918 pour préparer la bataille du Hamel.
Le château, classé monument historique en 1954, conserve son mobilier d’origine et un parc de 8 hectares remanié au XIXe siècle. Les communs (XVIIe siècle) incluent un colombier et une chapelle néoclassique. Le parc, transformé à l’anglaise sous la Restauration, abrite des arbres remarquables comme un tulipier de Virginie et des chênes pluriséculaires, vestiges du bois des Glands.
La façade, décorée de vases, feuillages et sphinx, illustre l’influence des Lumières. À l’intérieur, la salle à manger, séparée par des colonnes ioniques, et le salon aux lambris peints reflètent le faste aristocratique. Le domaine reste dans la descendance de Jourdain de Thieulloy, préservant son héritage architectural et historique.
Pendant la guerre, le château joue un rôle stratégique pour les forces australiennes et néo-zélandaises. Aujourd’hui, son parc offre une vue sur le mémorial australien de Villers-Bretonneux, soulignant son lien avec l’histoire militaire. Les protections couvrent le château, les communs et le parc, témoignant de sa valeur patrimoniale.
Les sources mentionnent des ouvrages de Philippe Seydoux et Jean-Loup Leguay pour approfondir son histoire, ainsi que des archives locales. Le château, toujours privé, incarne l’alliance entre architecture néo-classique, histoire seigneuriale et mémoire des conflits modernes.