Origine et histoire
Le château de Saint-Innocent, aussi appelé maison forte de la Rupelle, fut édifié au XIVe siècle comme centre de la seigneurie de Saint-Innocent. Élevé en baronnie en 1662 puis en marquisat en 1682, il appartenait initialement à la famille d’Orlyé, attestée dès 1348. La seigneurie changea temporairement de mains en 1398, quand Arthaud d’Orlyé la céda à Humbert de Seyssel d’Aix, avant de revenir aux d’Orlyé par le mariage d’Amédée d’Orlyé avec Colette d’Ameysin en 1385. Le château, stratégiquement placé à 120 mètres au-dessus du lac du Bourget, contrôlait la route entre Chambéry, Aix-les-Bains, Lyon et Seyssel.
Durant la Révolution française, les tensions entre les villageois et le marquis de Saint-Innocent, accusé d’avoir fixé un prix excessif pour le rachat des droits féodaux (édit de 1771), conduisirent à son exil. Le mobilier fut vendu aux enchères, les tourelles d’entrée détruites, et le domaine déclaré bien national. Vendu successivement à Joseph Comte puis au chirurgien Moreau, il fut finalement acquis en 1837 par le baron Charles-Artus de Silans, qui le restaura et y aménagea un parc, sauvant l’édifice d’un abandon prolongé.
Architecturalement, le château se compose d’une tour-résidence quadrangulaire datée de 1314, partiellement effondrée au XVIIIe siècle après un orage, et d’un logis du XVIe siècle remanié aux siècles suivants. La tour, haute de trois étages, présente des fenêtres ogivales et des soupiraux, tandis que le logis conserve des éléments Renaissance. Un mur du corps de ferme, assemblé à la chaux pure sans sable, pourrait dater de l’époque romaine, témoignant d’une occupation ancienne du site.
La famille d’Orlyé conserva le château jusqu’à la Révolution, malgré des épisodes de transmission complexe. Après 1837, le domaine passa aux descendants du baron de Silans, les comtes de la Rupelle, une famille anoblie en 1612. Aujourd’hui, le château reste une propriété privée, marquant le paysage historique de la Savoie par son mélange d’héritages médiéval, classique et romantique.