Origine et histoire du Château de Saint-Jean-d'Angle
Le château de Saint-Jean-d'Angle, édifié à la fin du XIIe siècle et achevé au XIIIe, est un exemple typique de shell keep, un modèle de château fort conçu pour protéger les marais salants environnants, ressources économiques majeures de la région. Sa localisation à 250 mètres à l’ouest du bourg reflète son rôle stratégique de contrôle des activités salicoles, essentielles pour l’économie locale médiévale. Classé monument historique en 1994, il a également été récompensé pour la qualité de sa restauration, notamment par le Grand Prix des Vieilles Maisons Françaises et le Prix Europa Nostra.
Le fief est mentionné dès le début du XIIe siècle avec Foucher de Saint-Jean-d’Angle, mais c’est vers 1180 que Guillaume de Lusignan entreprend la construction du château, dont les fortifications s’achèvent au XIIIe siècle. Au XIVe siècle, le domaine passe entre les mains de familles nobles successives, dont les Saint-Gelais, qui le conservent pendant six générations. En 1624, Charlotte de Saint-Gelais-Lusignan, revendiquant une descendance de Mélusine, fait réparer et agrandir le logis, comme en témoigne une inscription gravée près de ses armoiries. Le château change ensuite de propriétaires à plusieurs reprises, notamment via des alliances matrimoniales ou des ventes, comme celle de 1729 à Pierre de Verthamon pour 56 000 livres.
Au XVIIIe siècle, le cartographe du roi Jean-Jacques Isle de Ballode devient le dernier seigneur de Saint-Jean-d’Angle avant la Révolution. Le château, transmis à son neveu Louis-Henry Isle de Beaucheine, est finalement vendu en 1818 à Pierre Beau avec 48 hectares de terres. Après être passé entre les mains de plusieurs familles (Herbout, Lestrange, Latreuille, etc.), il est restauré au XXe siècle par Alain Rousselot, permettant sa préservation et son classement définitif. Son architecture combine des éléments défensifs médiévaux (tours, mâchicoulis, pont de pierre) et des ajouts Renaissance, comme une porte gothique flamboyante ornée de colonnettes et de pinacles.
L’enceinte polygonale du château abrite des bâtiments disposés en équerre, dont un logis du XVe siècle accessible par un escalier à vis dans une tour circulaire. La cour intérieure conserve des traces des aménagements successifs, comme un escalier sur arc menant au chemin de ronde. Le site, aujourd’hui ouvert à la visite, illustre l’évolution architecturale et sociale d’un fief médiéval devenu résidence seigneuriale, avant de tomber dans l’oubli puis d’être sauvé par des restaurations contemporaines.