Origine et histoire du Château de Saint-Loup-sur-Thouet
Le Domaine de Saint-Loup, situé à Saint-Loup-Lamairé dans les Deux-Sèvres, est une propriété privée aménagée en chambres d'hôtes et ouverte au public depuis 1998. Le site occupe une île entièrement entourée d'eau : à l'est le Thouet canalisé alimente les douves qui isolent le château, sa cour d'honneur aux parterres classiques, le donjon et les bâtiments annexes, tandis qu'à l'ouest un long canal parallèle, centré sur un pavillon-déversoir, borde une prairie axée sur la façade arrière. Cette ceinture d'eau est renforcée par des mails et des doubles alignements de marronniers, et un axe de composition central relie la terrasse arrière du château au potager puis au bois en promontoire. L'origine du château remonte au XIe siècle avec la fondation par Drogon, premier seigneur cité; en 1278 les Dercé font édifier une tour carrée de quatre niveaux ornée de leurs armes et comportant une salle dite « des Archives » ou « du Trésor » ; la tour a par ailleurs accueilli Jean II le Bon et le Prince Noir. La reconstruction du donjon et des bâtiments adjacents remonte au XVe siècle, tandis que le château tel qu'on le voit aujourd'hui a été élevé au XVIIe siècle et présente des caractéristiques issues de créations inspirées par Philibert Delhorme. En 1517 le domaine entre dans la maison de Gouffier avec Artus Gouffier de Boisy, puis son fils Claude Gouffier fait édifier l'actuel château au début du XVIIe siècle ; les inscriptions de 1609 sur un méridien et de 1626 sur le campanile témoignent de cette période de construction. Le plan « massé » en H, composé d'un corps de logis central à haut pavillon contenant l'escalier d'honneur et encadré de deux ailes symétriques, a été choisi en l'honneur du roi Henri IV. La partie médiévale conservée comprend le donjon, un corps de garde, un pavillon et un logis, tandis que les anciens remparts ont été remplacés par des murets. Le domaine change ensuite de mains entre plusieurs familles, dont Lepage, Boyer de la Bessière et Haran de Borda au XVIIe siècle ; les Boyer, vers 1750, enrichissent matériellement le domaine par des constructions, du mobilier et l'aménagement des jardins et du parc. Au XIXe siècle la propriété passe aux d'Abbadie d'Ithorrotz, puis, en 1894, elle est revendue judiciairement au marquis Charles de Maussabré-Beufvier; son fils Robert y réside et subit pendant l'Occupation des dommages et des pillages. Dans les années 1950, Robert de Maussabré et sa sœur Gilberte entreprennent la restauration du domaine et le remeublent avec des pièces anciennes. La propriété est ensuite léguée à la Ligue nationale contre le cancer, mais la clause de conservation est annulée par le Tribunal de Paris en 1987 et le domaine est mis en vente puis cédé en octobre 1987 à un mandataire de Jean-Jacques Debout et Chantal Goya. Après plusieurs projets et intérêts, l'État fait protéger par décret les tapisseries et les principaux tableaux, puis, en 1990, le comte Charles-Henri de Bartillat acquiert le domaine. Dans le cadre de sa restauration et de la promotion touristique, il recrée en 1997 des jardins réguliers et un potager d'une demi-hectare sur la base d'un plan de 1745, plante un verger de 300 arbres comprenant 75 variétés anciennes, et restaure le pigeonnier, l'orangerie et le pavillon du canal. Sur le plan architectural, la partie centrale du château rappelle celle de Cheverny et s'inscrit parmi les meilleurs exemples du style de la fin d'Henri IV et du début de Louis XIII, aux côtés de Mesnil-Voisin, Balleroy et Cany, et a inspiré d'autres constructions régionales. Le château, ses douves humides et une partie du parc ont été classés monument historique par arrêté du 8 janvier 1947 ; l'ensemble des parties bâties et non bâties, y compris murs de clôture et portes, a été classé le 5 juillet 1993. Les jardins à la française en bordure du Thouet ont été reconstitués à partir de plans anciens de la Renaissance et comprennent un potager ornemental, des jardins d'agrément et une orangerie qui conserve des parties datées des XVe et XVIIIe siècles. L'arrêté de classement mentionne également le jardin, le canal, l'allée, le parc, l'orangerie, le pigeonnier, ainsi que la ferme, l'enclos, la ménagerie et une glacière.