Origine et histoire du Château de Saint-Urcisse
Le château de Saint-Urcisse s’élève sur l’emplacement d’une ancienne maison forte attestée dès le XIVe siècle. Les archives locales, exceptionnellement riches, conservent des plans du XVIIe siècle décrivant une construction en brique aux structures de bois et aux clôtures de terre, jugées « ruineuses ». Ces documents révèlent aussi les ambitions architecturales de l’intendant Legendre, directeur général des bâtiments du roi, qui entreprend entre 1710 et 1727 une rénovation majeure du site. Passionné d’architecture, Legendre sollicite des plans auprès d’artistes et d’architectes renommés comme Bassat, Tenière, Roussel, Boisjoly, ou encore Leblond — ce dernier étant parallèlement engagé sur des chantiers pour Pierre le Grand à Saint-Pétersbourg. Les échanges fréquents avec le milieu parisien, incluant Robert de Cotte et Simon (responsable des travaux de la cathédrale de Montauban), illustrent l’ambition du projet, bien que les moyens financiers aient limité sa réalisation complète.
La décoration intérieure du château, préservée malgré des aménagements mineurs au XIXe siècle, reflète ce faste inachevé. Legendre fait également appel à des artistes pour le mobilier et les ornements, sans pouvoir concrétiser l’ensemble de ses visions. Le domaine s’inscrit dans une tradition paysagère ancienne : un jardin est mentionné dès 1539, et des documents du XVIIe siècle évoquent un verger, une pépinière, et une allée bordée d’ormeaux. En 1712, Legendre lance une campagne de travaux incluant des terrasses, pour lesquelles il ramène un jardinier en 1715. Les plans de 1723, confiés à Roussel et Boisjolly, visent à relier les terrasses au bois environnant pour créer « le plus beau jardin du pays ».
Acquis en 1728 par les frères Tauriac, le domaine poursuit son évolution avec des plantations d’arbres (noyers, chênes, ormeaux entre 1733 et 1740, marronniers d’Inde en 1782). Au début du XIXe siècle, Michel de Corneillan restructure entièrement le parc entre 1804 et 1818, le divisant en trois parties distinctes : un jardin à la française, un autre à l’anglaise, et une section exotique. Ce projet intègre des fabriques pittoresques (bergerie, salle de danse, bassin) et une végétation harmonisée. Entre 1858 et 1863, une orangerie et un nouveau bassin sont ajoutés sur la terrasse basse, tandis que certaines allées sont remaniées et le pigeonnier démoli. Ces transformations successives font du château et de son parc un témoignage unique des évolutions architecturales et paysagères des XVIIIe et XIXe siècles.