Origine et histoire du Château de Sainte-Barbe
Le château de Sainte-Barbe, situé à Ambès en bordure de la Garonne, est un exemple représentatif des demeures construites par les notables bordelais au XVIIIe siècle. Le domaine, entouré de marais asséchés plantés de vignes, s’organise autour d’un logis central flanqué d’ailes en retour d’équerre, formant un plan en U. La façade principale, tournée vers l’ouest et le fleuve, est précédée d’un jardin clos de grilles et de pavillons du XVIIIe siècle. Le corps de logis, en rez-de-chaussée surélevé par des caves voûtées, arbore un décor sobre de style Louis XV, tant à l’extérieur (bossages, frontons) qu’à l’intérieur (stucs, cheminées en marbre).
La construction initiale, attribuée à Jean-Baptiste Lynch (maire de Bordeaux) vers 1765, remplace une maison noble mentionnée dès le XVIIe siècle sous le nom de Fourmigley. Le site, cité dès le XIVe siècle, abritait alors une chapelle et un embarcadère. Au XIXe siècle (1884-1886), le château subit des transformations majeures : agrandissement des dépendances, réaménagement du parc avec un puits artésien alimentant bassins et viviers, et modernisation des équipements viticoles (cuvier modèle, pressoir roulant). Les modifications de l’aile nord, non visibles sur le cadastre de 1824, suggèrent des travaux postérieurs.
Le parc, structuré autour d’un jardin à la française prolongé par des platanes jusqu’à la Garonne, intègre des éléments pittoresques comme un pont de jardin, un bassin, et un puits à margelle ornée. Les matériaux – pierre de taille pour le logis, moellons pour les dépendances, ardoise et tuiles pour les toitures – reflètent les techniques locales. Les grilles en fer forgé, marquées du monogramme M (famille Maingard, propriétaire au XIXe siècle), et les décors intérieurs stuqués (imitant des lambris) témoignent d’un souci d’élégance sobre.
Classé Monument Historique en 1996 pour son château, son parc et ses pavillons, l’ensemble conserve malgré quelques dégradations une cohérence remarquable. Les restaurations en cours visent à préserver ce patrimoine, symbole de l’influence des élites bordelaises sur les rives de la Garonne, entre exploitation viticole et résidence de prestige.
Les sources iconographiques (vues des XIXe et XXe siècles) et documentaires (registres d’hommages, cadastres) confirment l’évolution du domaine, tandis que la tradition orale évoque une campagne de travaux vers 1886, liée à l’essor viticole régional. Le site illustre ainsi la transition entre l’Ancien Régime et l’ère industrielle, où les domaines garonnais deviennent des lieux de production et de représentation sociale.