Origine et histoire du Château de Sainte-Hermine
Le château de Sainte-Hermine, situé en Vendée dans les Pays de la Loire, trouve ses origines à la fin du XIIIe siècle avec la construction d’une tour défensive sur une langue de terre entourée par la rivière. Ce site stratégique, protégé naturellement par l’eau et renforcé par des tranchées, attira rapidement une population en quête de sécurité face aux invasions et désordres de l’époque. Les serfs, colons libres et artisans s’installèrent autour de la forteresse, formant un bourg qui prit de l’importance au détriment de localités voisines comme Thiré, dépourvues de défenses.
Au XIIe siècle, la seigneurie appartenait probablement à Pierre Troncas, puis passa à la famille de Mareuil. Le prieuré Saint-Hermand, fondé vers 1120 par le seigneur de la Réorthe, marqua le développement religieux du site. Le château, initialement appelé tour de Saint-Hermand, devint au XIVe siècle le château de Sainte-Hermine, nom inspiré de la chapelle castrale dédiée à sainte Irmine. Cette évolution reflète aussi la division du bourg entre deux pôles : l’un proche du château (Sainte-Hermine) et l’autre autour du prieuré (Saint-Hermand), réunis seulement après la Révolution.
La forteresse médiévale connut des propriétaires prestigieux, dont les familles de Lusignan, Brienne, et La Trémoille. Au XVIe siècle, Charlotte-Catherine de La Trémoille, accusée d’avoir empoisonné son époux, le prince de Condé, vendit la baronnie à François des Nouhes, compagnon d’Henri IV. Ce dernier, protestant et gouverneur de Fontenay-le-Comte, entreprit avec son gendre Jacques des Nouhes la reconstruction du château entre 1620 et 1622, dans un style sobre reflétant leur foi réformée. L’architecte Mathurin Bernard dirige les travaux, comme en témoigne une pierre sculptée sur la façade nord.
Le château accueillit des visiteurs illustres : Philippe III le Hardi en 1272, Henri IV à plusieurs reprises (notamment en 1589 et 1598), et Louis XIII en 1622. Ce dernier y séjournait dans le cadre de sa campagne contre les huguenots rebelles, menés par Benjamin de Rohan. Une chambre décorée de fleurs de lys et d’attributs royaux, redécouverte en 2004, atteste de son passage. Le monument, inscrit aux Monuments Historiques en 2005, conserve des éléments médiévaux (comme la Tour à Bernard) et des décors peints du XVIIe siècle.
Après la Révolution, le château changea plusieurs fois de mains, passant des familles nobles (Luynes, La Bretesche) à des propriétaires bourgeois comme les Landois-Buet au XIXe siècle. Au XXe siècle, il fut acquis par la famille de La Tour de Saint Lupicin, qui y organisa des événements culturels, dont le festival de l’Histoire de France. Aujourd’hui, le site témoigne de près de huit siècles d’histoire, mêlant architecture militaire, vie seigneuriale et enjeux religieux.