Origine et histoire
Le château de Salles-Curan trouve ses origines dans un lieu fortifié médiéval, dont le nom provient de salles seigneuriales. Dès le XIIIe siècle, il est partagé entre plusieurs co-seigneurs, dont les comtes de Rodez et la famille Guiral. En 1237, l’évêque de Rodez devient l’unique seigneur après avoir racheté les parts des seigneurs de Sévérac et du Lévézou. Ce site stratégique, entouré d’une enceinte après la guerre de Cent Ans, voit son développement lié aux conflits entre évêques, comme celui opposant Guillaume de La Tour d'Oliergues et Pierre d'Estaing entre 1429 et 1432.
En 1441, Guillaume de La Tour, de retour du concile de Bâle, lance la construction d’un nouveau château avec trois tours et trois portes, adossé à l’enceinte existante. Ses armes, sculptées au-dessus du portail, symbolisent son autorité. Le château devient un siège administratif épiscopal, favorisant l’essor du village. Pendant les guerres de Religion (XVIe siècle), il incarne un bastion catholique face à Millau, protestante, abritant même des religieuses bénédictines fuyant les destructions calvinistes.
Au XVIIIe siècle, l’évêque Jérôme Champion de Cicé tente en vain de le faire démolir en 1779, le jugeant inhabitable. Vendu comme bien national en 1795, le château est progressivement racheté par la famille Teysseyre au XIXe siècle. Au XXe siècle, ses ailes abritent une école privée (1922-2017) et un hôtel-restaurant étoilé, L’Hostellerie du Lévézou (jusqu’en 2012), fréquenté par des personnalités. Son porche, sa herse et son oculus sont classés monuments historiques depuis 1928.
L’aile Nord, ancienne Gendarmerie, accueille un établissement réputé sous la direction du chef David Bouviala, obtenant deux étoiles Michelin. Des figures comme Alain Peyrefitte, Zinédine Zidane ou Léon Zitrone y séjournent. L’aile Est, acquise par l’abbé Delery en 1922, sert d’école catholique jusqu’en 2017. Le château illustre ainsi une histoire mêlant pouvoir religieux, conflits militaires et vie culturelle locale.
Les éléments architecturaux remarquables, comme les blasons des évêques (Guillaume de La Tour, François d'Estaing) ou les fortifications médiévales, témoignent de son passé mouvementé. La conservation partielle du site, malgré les tentatives de démolition, en fait un patrimoine emblématique du Rouergue, lié à l’histoire des évêques de Rodez et aux transformations sociales de l’Aveyron.