Origine et histoire du Château de Saulxures
Le château de Saulxures, dit 'Versailles vosgien', fut édifié entre 1854 et 1861 sous le Second Empire par l’architecte Charles Perron, à la demande d’Élisabeth Géhin, veuve de Jean-Thiébaut Géhin, pionnier de l’industrie textile locale. Ce monument de style Louis XV, orné de marbres, sculptures et plafonds peints par Félix Haffner, symbolise la prospérité des Vosges durant l’ère industrielle. Son coût exorbitant (2 millions de francs) reflète l’ambition d’honorer un mari disparu prématurément, maire et conseiller général, dont les filatures firent la renommée des calicots vosgiens.
Les intérieurs, meublés par la maison Jeanselme (fournisseur des cours de Louis-Philippe Ier et Napoléon III), rivalisaient de luxe : parquets en marqueterie, cheminées en marbre de Carrare, et grilles inspirées de la place Stanislas à Nancy. Quatre cariatides et atlantes, œuvres du sculpteur Georges Clère (collaborateur du Louvre), ornaient le perron, tandis que deux verrières reliaient le corps central aux dépendances. Classé partiellement en 1984, le château, abandonné depuis 1972, subit aujourd’hui les outrages du temps, malgré une structure en granit et grès rose encore solide.
Le château accueillit des figures marquantes comme Adolphe Thiers, Gabriel Pierné ou Lise Deharme, et servit de refuge durant la Libération en 1944. Après-guerre, il abritait encore le PC de la 3e DIA, visité par les généraux de Lattre de Tassigny et de Gaulle. Malgré des projets de restauration avortés (notamment un classement d’office envisagé en 1983), son sauvetage se heurte à des obstacles juridiques et financiers. Les prototypes des cariatides, conservés au Louvre, témoignent de son passé fastueux.
Aujourd’hui en péril, le château suscite une mobilisation locale et nationale, portée par des associations comme Les Amis du château et des initiatives comme la mission de Stéphane Bern sur les monuments en danger. Son avenir dépendra d’une solution juridique (vente, expropriation ou bail emphytéotique) et de financements croisés (État, mécénat, défiscalisation). Les études préalables soulignent la nécessité de concilier restauration respectueuse et réutilisation adaptée, dans un équilibre entre mémoire historique et viabilité économique.
L’architecture du château, avec ses façades inscrites aux Monuments Historiques, ses dépendances et son parc, incarne l’alliance entre patrimoine industriel et artisanal. Les plafonds peints, les tapisseries et les sculptures, bien que dégradés, offrent un potentiel de reconstitution. Le site, ouvert au public lors d’événements ponctuels, pourrait retrouver une vocation culturelle ou touristique, à condition de stabiliser son état (mise hors d’eau, traitement du salpêtre) et de sécuriser les intérieurs pillés.