Origine et histoire du Château de Sceaux
Le domaine de Sceaux trouve ses origines au XVe siècle avec un manoir appartenant à Jean II Baillet, seigneur de Sceaux, qui y reçoit Louis XI en 1470. La seigneurie, formée de trois fiefs réunis, reste dans la famille Baillet jusqu’à la fin du XVIe siècle, avant d’être acquise en 1597 par Louis Potier de Gesvres, qui y construit un château de style Henri IV ou Louis XIII. La propriété, érigée en baronnie en 1624, passe ensuite aux mains de la famille Potier de Gesvres, qui l’agrandit et l’embellit.
En 1670, Jean-Baptiste Colbert, contrôleur général des finances de Louis XIV, achète la terre de Sceaux pour en faire sa résidence de campagne. Il agrandit le domaine à près de 100 hectares et fait dessiner un parc à la française par André Le Nôtre, orné de statues commandées à des sculpteurs renommés comme Antoine Coysevox et François Girardon. Le château, remanié dans un style sobre pour éviter de rivaliser avec Versailles, accueille des fêtes somptueuses, dont une visite de Louis XIV en 1677. Colbert y meurt en 1683, laissant le domaine à son fils, le marquis de Seignelay.
Le marquis de Seignelay, héritier de Colbert, poursuit l’embellissement du domaine en y ajoutant un appartement décoré de laques chinoises et en faisant construire une orangerie par Jules Hardouin-Mansart en 1686. Il agrandit également le parc à 227 hectares en achetant la seigneurie de Châtenay et y fait creuser un grand canal de 1 140 mètres, achevé en 1691. Le domaine devient un lieu de réceptions fastueuses, comme celle organisée en 1685 pour Louis XIV, où est jouée une œuvre de Lully et Racine. À la mort de Seignelay en 1690, le domaine passe à sa veuve, puis est vendu en 1700 au duc du Maine, fils légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan.
Sous le duc et la duchesse du Maine, Sceaux devient un haut lieu de la vie mondaine du XVIIIe siècle. La duchesse, petite-fille du Grand Condé, y tient une cour brillante et y crée en 1703 l’ordre de la Mouche à Miel, une société galante. Après sa mort en 1753, le domaine passe à ses descendants, dont le duc de Penthièvre, qui y apporte des décors peints par François Boucher et Alexis Peyrotte. À la Révolution, le domaine est confisqué comme bien national en 1793, puis détruit en partie par un négociant, Jean François Hippolyte Lecomte, qui achète les terres en 1798 et démolit le château pour revendre ses matériaux.
Au XIXe siècle, le domaine est racheté en 1828 par Anne-Marie Lecomte-Stuart, épouse du duc de Trévise, qui fait reconstruire entre 1856 et 1862 un nouveau château de style Louis XIII à l’emplacement de l’ancien. Le parc, replanté selon les plans originaux de Le Nôtre, redevient un lieu de réceptions sous le Second Empire. En 1923, le domaine est acquis par le département de la Seine (actuels Hauts-de-Seine) pour éviter sa destruction. Restauré à partir de 1928, il accueille depuis 1937 le musée de l’Île-de-France, renommé en 2013 musée du Domaine départemental de Sceaux. Aujourd’hui, le parc, ouvert au public, conserve des vestiges des XVIIe et XVIIIe siècles, comme l’orangerie, le pavillon de l’Aurore et les grandes cascades.