Origine et histoire du Château de Scharrachbergheim
Le château de Scharrachbergheim, situé à Scharrachbergheim-Irmstett dans le Bas-Rhin, est un édifice dont les origines remontent probablement au XVe siècle, après la destruction d’un précédent château sur la colline du Scharrach. Ses murs en pierre à bossage rustique, visibles sur les façades nord et est, témoignent de cette période médiévale. Le site, entouré d’un fossé et doté de quatre tourelles d’angle tronquées, adopte un plan en U attestée dès 1839, bien que des modifications architecturales aient eu lieu aux XVIIIe et XIXe siècles, notamment sous l’impulsion du baron du Hazier.
Le château a connu plusieurs phases de restauration, comme en 1673 (fenêtre datée), en 1727, puis vers le milieu du XIXe siècle, où le baron du Hazier y ajoute un escalier en bois signé Duquemy (1845) et réemploie des armoires du XVIIe siècle pour les chambranles intérieurs. Endommagé pendant la guerre de Trente Ans, il passe entre les mains de familles influentes, dont les Leopold au XVIIIe siècle, avant d’être acquis en 1870 par le peintre Louis Schutzenberger. Ce dernier transforme la grande salle du XVIe siècle en atelier et décore les lieux de peintures murales, avant de céder le domaine en 1885 au négociant Frédéric Mewès, dont le fils, l’architecte Charles Frédéric Mewès (célèbre pour le Ritz à Paris), en hérite.
Classé Monument Historique depuis 1982 pour ses façades et toitures, le château conserve des éléments défensifs comme une fente de tir dans la tourelle nord-est et un ancien pont-levis remplacé par un pont dormant. Les communs, perpendiculaires à la grange-étable, dateraient du XVIe siècle, tandis que le parc, de création récente, abrite des éléments lapidaires rapportés. Des traces de réemploi, comme le linteau gravé 1530 sur l’aile ouest ou la porte charretière marquée 1527 (souvent lue à tort comme 1727), soulignent son évolution architecturale complexe.
Au XXe siècle, le château reste dans la descendance de Charles Edouard Mewès, architecte alsacien et parisien (1889-1968). Son histoire reflète les mutations sociales et artistiques de l’Alsace, entre héritage médiéval, transformations nobles aux XVIIe et XVIIIe siècles, et vocation résidentielle ou créative aux XIXe et XXe siècles. Aujourd’hui, il incarne un patrimoine hybride, mêlant défense, habitat seigneurial et lieu de vie bourgeoise.