Origine et histoire du Château de Scopont
Le château de Scopont, situé à Maurens-Scopont dans le Tarn, est un monument marqué par des siècles d’histoire mouvementée. Le site, lié à la tragédie de la croisade des Albigeois, conserve des vestiges d’une abbaye détruite par Simon IV de Montfort, ainsi qu’un charnier de squelettes portant l’anneau de cuivre des parfaits cathares. Bien que mentionné à nouveau en 1423, le château prend une importance stratégique pendant les guerres de Religion : en 1575, Guillaume de Joyeuse, lieutenant général en Languedoc, s’en empare pour les Catholiques, épargnant la garnison protestante.
Au XVIIIe siècle, le duc de Choiseul, ministre de Louis XV, reconstruit presque entièrement l’édifice, y ajoutant des éléments de confort comme un escalier en fer forgé et des décors rocaille. Le château, plusieurs fois négligé par des propriétaires successifs, est racheté en ruines par Bernard d’Ingrando avant d’être restauré. Le parc abrite un pavillon néo-gothique du XIXe siècle, construit avec des pierres de réemploi issues des couvents des Carmes et des Jacobins de Toulouse, ainsi que des pierres tombales locales. Ce pavillon, classé en 1995, illustre l’engouement romantique pour les remplois archéologiques.
Le château, inscrit aux monuments historiques depuis 1992, est aujourd’hui menacé par le projet d’autoroute A69, dont le tracé passerait à moins de 300 mètres du site. Ce projet suscite une forte opposition, symbolisée par des rassemblements militants comme Turboteuf prévu en juillet 2025. Le domaine, alliant architecture rectangulaire, douves, tours rondes et intérieurs richement décorés, reste un témoignage des transformations architecturales et des conflits qui ont marqué le Languedoc.
Les caves du XVIe siècle, les cheminées du XIXe et les chênes centenaires du parc rappellent les strates historiques du lieu, entre passé militaire, rénovations aristocratiques et enjeux contemporains de préservation. Le château, propriété privée, incarne ainsi à la fois un héritage médiéval, une résurgence classique et un symbole des luttes patrimoniales actuelles.