Origine et histoire du Château de Selore
Le château de Selore, situé à Saint-Yan en Saône-et-Loire, trouve ses origines au Moyen Âge comme fortification bourguignonne. À l’époque, le site était protégé par quatre murs et quatre tours, dont deux subsistent encore aujourd’hui. Ces défenses servaient à protéger l’aile ouest du comté du Charolais, un centre stratégique pour le commerce des bestiaux sous les ducs de Bourgogne. Une tour d’observation sur la motte de Puthière, située à 500 mètres à l’est, permettait de surveiller la plaine de l’Arconce, un point clé pour contrer les armées des ducs de Bourbon. Après la mort de Charles le Téméraire en 1477, le comté du Charolais, et donc Selore, passa sous domination du Saint-Empire romain germanique avant d’être réintégré au royaume de France en 1760 sous Louis XV.
La construction du corps central du château actuel remonte à la seconde moitié du XVIe siècle, initiée par Guillaume Baudinot de la Salle après son acquisition du fief en 1563. Le château fut ensuite embelli et agrandi au XVIIe siècle, notamment par Palamède Baudinot, conseiller au Parlement de Dijon, qui ajouta les deux ailes latérales et commanda des peintures vénitiennes pour les plafonds. La chapelle, initialement dédiée à Saint Maurice, fut également édifiée à cette époque. Les armoiries de la famille Pfetten-Iseux, actuelle propriétaire et descendante des Baudinot, ornent toujours la façade sud.
Au XVIIIe siècle, le domaine changea plusieurs fois de mains, passant entre autres aux Lenet, aux Verchère, puis aux Monteynard, qui entreprirent une rénovation intérieure de style Louis XVI. Le baron Delaroche, lieutenant général des armées du roi, en devint propriétaire en 1814 et y vécut jusqu’à sa mort en 1845. Aujourd’hui, le château, toujours propriété privée de la famille Pfetten-Iseux, abrite dans ses communs la vénerie de l’Équipage de Selore, avec écuries et chenils. Bien que classé monument historique depuis 2007 pour ses décors peints, il n’est pas ouvert au public.
Les vestiges médiévaux, comme les deux tours du Moyen Âge encadrant la terrasse sud, rappellent l’histoire militaire du site. Cette terrasse, anciennement fortifiée, surplombe un ruisseau du même nom et abrite un jardin à la française, délimité à l’est par un canal recréé d’après des plans du XVIIe siècle. Au nord, une cour close par un mur crénelé et une porte cochère aux armes des Pfetten-Iseux complète l’ensemble architectural. Le pigeonnier circulaire et les communs, disposés symétriquement, témoignent de l’organisation classique des domaines seigneuriaux de l’époque.
Les peintures vénitiennes des plafonds, redécouvertes et restaurées récemment, ainsi que les frises du XVIIe siècle, illustrent le faste artistique de la noblesse bourguignonne. La chapelle, redédiée à sainte Élisabeth de Thuringe, conserve également des éléments originaux. Le château de Selore incarne ainsi près de cinq siècles d’histoire, mêlant héritage médiéval, architecture classique et vie seigneuriale, dans un cadre préservé où se côtoient art, chasse et mémoire des grands fêtes bourguignons.