Origine et histoire du Château de Suscinio
Le château de Suscinio, mentionné pour la première fois en 1218, fut édifié par Pierre de Dreux, duc de Bretagne, comme manoir de chasse en lisière d’une forêt. Entre 1213 et 1237, il devint une résidence ducale, agrandie par Jean Ier avec une courtine nord et une tour quadrangulaire. Ce premier château, doté d’un parc et d’une chapelle Saint-Nicolas, servait aussi de lieu de détention et de stockage du trésor ducal.
Au XIVe siècle, sous les ducs Jean II, Jean IV et Jean V, Suscinio fut transformé en forteresse défensive avec pont-levis, tours de guet et mâchicoulis, tout en conservant son rôle de résidence de plaisance. La guerre de Succession de Bretagne (1341–1365) marqua une phase de renforcement militaire, bien que le château n’ait pas joué un rôle central dans les combats. Les Montfort, nouvelle dynastie ducale, y ajoutèrent des jardins et des logis luxueux, reflétant leur pouvoir.
À partir du XVe siècle, le château perdit son statut de résidence principale au profit de Nantes, mais resta un enjeu stratégique. Confisqué par la couronne française en 1491, il fut successivement attribué à des favoris royaux comme Jean de Châlon ou Diane de Poitiers. Au XVIe siècle, des bastions d’artillerie furent ajoutés pour contrer les menaces anglaises et espagnoles, tandis que les conflits religieux (Ligue bretonne) accélérèrent son déclin.
Laissé à l’abandon après la Révolution, Suscinio fut vendu comme bien national en 1798 et pillé pour ses matériaux. Classé monument historique en 1840 grâce à Prosper Mérimée, il fut racheté en 1965 par le département du Morbihan, qui entreprit une restauration majeure. Les fouilles archéologiques (1975–2015) révélèrent des pavements médiévaux, des cuisines et des vestiges de la chapelle, offrant un éclairage nouveau sur son histoire.
Aujourd’hui, le château, ceint de douves et flanqué de sept tours, illustre l’évolution de l’architecture militaire et résidentielle bretonne. Ses logis, courtines et bastions restaurés abritent des expositions, tandis que son pavement alphabétique du XIVe siècle, découvert dans la chapelle, reste l’un de ses trésors les plus énigmatiques. La fontaine de la Duchesse, alimentant autrefois le site, témoigne de son ingénierie médiévale.