Origine et histoire du Château de Suze-la-Rousse
Le château de Suze-la-Rousse trouve ses origines au XIe siècle comme château fort féodal, avant d’être profondément remanié aux XVIe siècle sous l’influence Renaissance. Construit à flanc de colline sur un site occupé dès l’époque gallo-romaine, il fut initialement érigé par Bertrand Ier des Baux en 1173 comme place forte militaire, dotée de remparts, douves et pont-levis. Le château domine alors 1 600 hectares de vignobles, dans une région dédiée à la viticulture depuis des siècles.
En 1392, Marguerite des Baux (dite « la Rousse »), nièce de l’évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux, hérite du village et du château, lui donnant probablement son nom actuel, inspiré par la teinte ocre des pierres locales. Au XVe siècle, la seigneurie passe à la famille La Baume-Suze par le mariage d’Antoinette de Saluces avec Louis de La Baume en 1426. Ce lignage marque un tournant : au XVIe siècle, François de La Baume-Suze, gouverneur de Provence, transforme la forteresse en résidence de plaisance, ajoutant une cour Renaissance, un jeu de paume (où joua Charles IX en 1564), et des décors somptueux.
Les XVIIe et XVIIIe siècles voient l’apogée artistique du château, avec l’ajout d’un escalier monumental, d’une chapelle Saint-Michel, et de salons ornés de gypseries. Pillé pendant la Révolution, il est restauré au XIXe siècle par les Isnards-Suze, puis légué en 1958 à la fondation des Orphelins Apprentis d’Auteuil. Classé monument historique en 1964, il est acquis par le conseil départemental de la Drôme, qui y installe en 1978 l’Université du vin, tout en préservant ses jardins remarquables (roseraie, cépage) et sa cour d’honneur, utilisée pour des concerts.
Aujourd’hui, le château allie patrimoine architectural et viticole : ses 23 hectares de parc, ses salles historiques (cuisine médiévale, salle du jeu de paume) et son université en font un lieu culturel majeur. La cour Renaissance, réputée pour son acoustique exceptionnelle, accueille régulièrement des spectacles, tandis que les anciennes écuries abritent des formations œnologiques. Son histoire, liée aux princes d’Orange, aux guerres de Religion et à la viticulture, en fait un symbole de la Drôme provençale.
L’édifice conserve des éléments défensifs médiévaux (douves, créneaux) contrastant avec ses façades Renaissance. La chapelle Saint-Michel, ancienne nécropole seigneuriale, et le puits de 34 mètres rappellent son passé féodal. Le château illustre ainsi l’évolution des forteresses en résidences aristocratiques, tout en restant ancré dans son terroir viticole, comme en témoigne son université dédiée au vin depuis près de 50 ans.