Origine et histoire du Château de Talcy
Le château de Talcy est un édifice de la Renaissance situé dans la commune du même nom et géré par le Centre des monuments nationaux. La seigneurie, achetée en 1517 par Bernard Salviati, banquier florentin au service de François Ier, est rebâtie à partir de 1520 ; Salviati obtient l’autorisation royale de fortifier l’édifice. En 1545 Pierre de Ronsard y rencontre Cassandre, la fille du propriétaire, rencontre qui inspire notamment le poème « Mignonne, allons voir si la rose » et les 184 sonnets rassemblés dans Les Amours de Cassandre. En 1638 Isabelle Salviati, arrière‑petite‑fille de Bernard, prolonge l’aile est, puis la famille Burgeat entreprend d’importantes rénovations intérieures au XVIIIe siècle. Le domaine est ensuite acquis par Élisabeth Gastebois et traverse la Révolution sans épisodes marquants. Il passe à la famille Stapfer, alliée aux Burgeat et issue des protestants suisses de Berne ; Philipp Albert Stapfer, ministre de la République helvétique et réformateur de l’éducation suisse, en fut propriétaire et transforma une salle du rez‑de‑chaussée en lieu de culte, dont l’inscription « Culte protestant évangélique » subsiste au‑dessus de la cheminée. Albert Stapfer, mort en 1892, est connu pour sa traduction française du Faust publiée en 1828 dans une édition illustrée par Delacroix ; il réalisa aussi des daguerréotypes précoces du château au début des années 1840. Une partie de la bibliothèque et des collections familiales fut vendue en 1931, des éléments étant entrés ensuite dans la bibliothèque de Sacha Guitry lors d’une vente. Le château conserve cependant des collections des Stapfer, notamment l’uniforme ministériel de Philipp Albert Stapfer et plusieurs portraits de membres de la famille, dont des pasteurs du XVIIIe siècle. Classé au titre des monuments historiques le 4 août 1908, le domaine est vendu à l’État en 1933 et a servi à plusieurs reprises de dépôt d’archives. La garenne et son allée d’accès, propriétés communales, sont inscrites aux monuments historiques depuis 2004 ; les grilles, le bois, les murs et l’allée plantée, restés propriété de l’État, ont été classés le 29 mars 2005. Le jardin est réorganisé en 1996 par l’Atelier de Paysages Bruel‑Delmar associé à Joëlle Weill pour devenir un conservatoire d’essences fruitières ; il a reçu le label « Jardin remarquable ».
Le château actuel comprend une tour‑porche, mutilée de sa tourelle d’angle nord‑ouest, et une aile est reliée à cette tour par une galerie couverte qui délimite une cour d’honneur ornée d’un puits coiffé d’un dôme, emblème du lieu. La tour‑porche remonte au XVe siècle ; chemin de ronde, créneaux et mâchicoulis, probablement ajoutés au XVIe siècle par Salviati, relèvent davantage de l’affirmation de puissance que d’un rôle strictement défensif. Les larges baies du premier étage sont percées au XVIIIe siècle. La galerie, datée du XVIe siècle, présente quatre arcs en anse de panier, un étage supérieur et s’inspire de la galerie Louis XII du château de Blois. L’aile est, modifiée au XVIIe siècle, comporte un rez‑de‑chaussée et deux étages : une enfilade au rez‑de‑chaussée rassemble cuisine, antichambre et la « chambre de Charles IX », tandis qu’au premier étage s’alignent salons et appartements desservis par un couloir ; les intérieurs ont été transformés au fil des époques et des propriétaires. Les jardins, ceints de murs et murets sur environ six hectares, ouvrent une perspective depuis la tour‑porche et se répartissent entre jardin d’agrément, potager et verger ; ce dernier a été réhabilité en conservatoire des arbres fruitiers présents sur le domaine aux XVIIIe et XIXe siècles. Le domaine comprend aussi une grange avec un pressoir à vin daté de 1808, un colombier circulaire de la fin du XVe siècle abritant près de 1 400 boulins et muni d’une échelle sur pivot, ainsi qu’un moulin à vent qui fut rasé en 1956 puis reconstruit en 1976.
Le lieu a accueilli plusieurs personnages et événements historiques : en plus de l’idylle de Ronsard et Cassandre, Théodore Agrippa d’Aubigné trouva refuge au château en 1572 et évoque Talcy dans certains vers des Tragiques ; Diane Salviati repoussa les avances d’Aubigné. En 1562 la Conférence de Talcy réunit pour la dernière fois représentants catholiques et protestants en présence de Catherine de Médicis et de Charles IX, mémoire qui a donné leur nom à deux chambres au XIXe siècle. Lors de la guerre franco‑allemande de 1870, le général Chanzy y installa son quartier général en décembre avant d’en être chassé par les troupes prussiennes. Le château a également servi de lieu de tournage pour le téléfilm Le Roi, l’écureuil et la couleuvre, diffusé fin 2009.