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Château de Tancarville en Seine-Maritime

Patrimoine classé
Patrimoine défensif
Demeure seigneuriale
Château fort
Seine-Maritime

Château de Tancarville

    2-12 Rue du Château
    76430 Tancarville
Propriété d'une société privée
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Château de Tancarville
Crédit photo : Urban - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1000
1100
1200
1300
1400
1500
1600
1700
1800
1900
2000
1050
Fondation de l’abbaye Saint-Georges
XIIe siècle
Construction de la tour Carrée
1316
Mariage de Jeanne de Tancarville
1417-1418
Occupation anglaise
1709
Construction du Château Neuf
1862
Classement monument historique
1910-1939
Période artistique
2001
Rachat par Saqqara
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Château : classement par liste de 1862

Personnages clés

Raoul de Tancarville - Seigneur et chambellan Fonda l’abbaye et obtint l’autorisation du château (XIe).
Jeanne de Tancarville - Héritière Épousa Jean II de Melun en 1316.
Jacques d’Harcourt - Comte de Tancarville Récupéra le château après les Anglais (XVe).
Louis de La Tour d’Auvergne - Comte d’Évreux Fit construire le Château Neuf (1709).
Maurice Leblanc - Écrivain Écrivit *Le Bouchon de cristal* dans la tour.
Fernand Prat - Locataire (1910-1939) Accueillit artistes et écrivains au château.

Origine et histoire

Le château de Tancarville trouve ses origines au XIe siècle, lorsque Raoul de Tancarville, chambellan du duc Guillaume le Bâtard (futur Guillaume le Conquérant), obtient l’autorisation d’édifier une forteresse après avoir fondé l’abbaye Saint-Georges de Boscherville en 1050. Le site, stratégique sur un éperon triangulaire dominant la Seine, est complété au XIIe siècle par une tour carrée servant probablement de donjon roman, aux murs épais de 1,65 mètre. Ce premier château protège l’entrée fluviale et symbolise le pouvoir des sires de Tancarville, liés à la cour ducale normande.

Au fil des siècles, le château change de mains par alliances matrimoniales et héritages. En 1316, Jeanne de Tancarville épouse Jean II de Melun, donnant naissance à la lignée des comtes de Tancarville. Le domaine passe ensuite aux d’Harcourt (1417), puis aux Orléans-Longueville (1488), avant d’être rattaché au duché de Longueville en 1505 sous Louis XII. Pendant la guerre de Cent Ans, le titre de comte de Tancarville est même octroyé à un noble anglais, John Grey, avant que la famille d’Harcourt ne récupère les lieux après le départ des Anglais. Ces transitions reflètent les turbulences politiques de la Normandie médiévale.

Le XVIIe siècle marque un tournant avec la construction du « Château Neuf » (1709) par Louis de La Tour d’Auvergne, comte d’Évreux et de Tancarville. Ce bâtiment classique, adossé aux vestiges médiévaux, modernise l’ensemble, mais le site subit pillages et incendies après 1789. Au XXe siècle, le château devient un lieu de villégiature pour des artistes comme Maurice Maeterlinck, Colette ou James Joyce (1910-1939), avant d’être transformé en colonie de vacances dans les années 1960. Aujourd’hui, malgré son classement aux monuments historiques (1862), il se dégrade, fermé au public en raison de risques structurels et de projets de réhabilitation controversés.

Architecturalement, le château allie une enceinte triangulaire flanquée de tours (tour de l’Aigle, tour du Lion) et des logis seigneuriaux en ruine. Le donjon en amande, construit au XVe siècle par les d’Harcourt, a disparu, mais subsistent des éléments défensifs comme la tour Carrée (20 m) et des salles médiévales (chapelle de 1131, salle des chevaliers). Le « Château Neuf », sobre avec son fronton triangulaire, masque partiellement les remparts sud. Ces vestiges témoignent des adaptations successives, des besoins militaires aux ambitions résidentielles.

Le château est aussi lié à des anecdotes culturelles et cynégétiques. Maurice Leblanc y écrit Le Bouchon de cristal (1912) dans la tour de l’Aigle, tandis que les sires de Tancarville organisaient des chasses au héron, perturbées par les aigles — dont les nids étaient récompensés (5 sols par nid en 1411). En 1933, un sanglier géant, surnommé « le solitaire », est abattu dans les bois du domaine. Ces récits illustrent la vie aristocratique et les traditions locales, entre littérature et chasse.

Depuis 2001, le château appartient à une société civile immobilière (Saqqara), dont le projet de 19 appartements de luxe — via des montages fiscaux (loi Malraux) — reste inabouti. En 2019, seule une partie de la toiture avait été réparée, poussant la mairie à interdire l’accès pour dangerosité. Ce cas emblématique soulève des questions sur la préservation du patrimoine privé, entre spéculation et négligence, malgré son statut protégé et son histoire millénaire.

Liens externes