Origine et histoire du Château de Tassigny
Le château de Tassigny, situé à Sapogne-sur-Marche dans les Ardennes, est un édifice du XVIe siècle, reconstruit après un incendie en 1542 lors des guerres entre François Ier et Charles Quint. Son plan rectangulaire, avec quatre tours d’angle et un logis en équerre, reflète une architecture défensive adaptée aux tensions frontalières entre la France et l’Empire germanique. La chapelle voûtée, intégrée dans la tour Est, et les aménagements Renaissance des années 1630 (fenêtres à meneaux, portes stylisées) témoignent de son évolution entre forteresse médiévale et résidence seigneuriale.
Le château succède à une forteresse médiévale détruite par les Bourguignons, dont il ne reste que les soubassements. Au XVIIe siècle, Dirk de Boetzelaer, prévôt d’Yvois, le restaure entre 1629 et 1631, y ajoutant des éléments Renaissance comme des portes ornées. En 1637, pendant la guerre de Trente Ans, le maréchal de Châtillon s’en empare pour la France, officialisé par le traité des Pyrénées (1659). Le pont-levis est remplacé au XVIIIe siècle par une chaussée empierrée, et Eugène de Wal y apporte des modifications Louis XVI (piliers à glands) avant sa vente en 1848.
Endommagé lors des deux guerres mondiales (saccage en 1914-1918, obus français en 1940), le château est sauvé par la famille Henriot-Grimaud dans les années 1980. Classé monument historique en 1991, il conserve des éléments remarquables : chapelle ogivale, cuisine, tours, escalier, et huit piliers sculptés encadrant l’entrée. Son histoire reflète les enjeux géopolitiques de la région, entre France, Espagne et Empire, ainsi que son rôle de garnison frontalière jusqu’au XVIIIe siècle.
Contrairement à une croyance répandue, la famille Lambin d’Anglemont de Tassigny n’est pas originaire de ce château, mais d’un autre lieu nommé Tassigny près de Carignan. Le site, visible depuis la route menant à l’abbaye d’Orval, illustre l’architecture militaire et seigneuriale des Ardennes, entre héritage médiéval et transformations classiques.