Origine et histoire du Château de Teillan
Le château de Teillan, situé à Aimargues dans le Gard, est une propriété privée inscrite au titre des monuments historiques depuis le 8 juin 1995. Il s’inscrit dans un parc paysager du XIXe siècle où l’on peut voir des stèles romaines, des bornes milliaires, une noria, un mikveh et des vestiges du XVIIe siècle. Au Xe siècle, Teillan appartenait aux vicomtes Aton, comtes de Carcassonne et de Razès. Le domaine, autrefois appelé « Grand-Teillan » pour le distinguer du « Petit-Teillan » (devenu le mas de Praviel au XIXe siècle), fut ensuite une dépendance de l’abbaye de Psalmodie jusqu’à la fin du XVIe siècle. Le château entra ensuite dans les possessions de la famille de Bornier ; en 1608 Philippe de Bornier, conseiller du roi, l’acquit et fit percer une porte de style Renaissance ainsi qu’établir un pigeonnier de 1 500 nids. La collection lapidaire du domaine fut constituée au XVIIe siècle par Simon de Bornier, qui obtint l’autorisation de la rassembler en 1635. Au XVIIIe siècle, la propriété passa à la famille d’Adhémar ; le préfet Pierre Melchior d’Adhémar y mourut en 1821. Le lieu a été reconnu comme lieu de culte par l’Église réformée lors de l’Édit de Nantes.
Le château déploie ses bâtiments autour d’une cour intérieure accessible par un passage voûté sous les communs de l’aile est. Les communs occupent les ailes est, sud et nord et ont été transformés entre 1820 et 1875. Le corps principal présente des voûtes au rez-de-chaussée attribuées au XVe siècle ; le premier étage nord, bâti à la fin du XVIe siècle, fut remanié en 1820, tandis que le côté sud a été remanié et reconstruit entre 1820 et 1876. La porte percée dans l’aile nord, datée du début du XVIIe siècle, constituait l’ancienne entrée d’honneur : ses piédroits et son arc portent des bossages alternant tables rectangulaires et pointes de diamant, et elle est coiffée d’un fronton triangulaire rompu orné d’une table de pierre. Le pigeonnier, réalisé en pierre de taille vers 1600 et voûté en mitre, conserve une échelle tournante intérieure en bois.
La salle voûtée du rez-de-chaussée servait de prison seigneuriale ; sous la cuve qui occupe cette pièce passe l’accès d’un souterrain reliant le château à des dépendances sur la propriété de Praviel, passage que la tradition orale dit pouvoir joindre à l’abbaye de Psalmodie. La noria à roue, reliée au Vidourles par un aqueduc souterrain, date de 1609 ; ses superstructures furent remaniées sous la Restauration pour constituer un vaste bassin alimenté par une vasque de pierre remplaçant l’ancienne auge en bois, et la mécanique a été entretenue jusqu’aux alentours de 1920 car elle alimentait le potager. Le château n’a guère évolué depuis le début du XVIIe siècle, mais il subit des dommages en 1793 — dont la destruction d’une tourelle ensuite reconstruite en 1873 et la perte de la porte fortifiée Est — et fit l’objet d’aménagements au XIXe siècle touchant les communs, les façades et certains couronnements.
À environ 2 km au nord-est, près du mas de la Jasse d’Isnard, a été identifié en 1991–1992 un ancien castrum romain nommé villa Telianum ou Théliné, avec son église Saint-Silvestre, occupé du Ier au VIe siècle puis de nouveau aux Xe–XIIe siècles. Le parc contient également une collection lapidaire réunie au XVIIe siècle et huit ou neuf bornes milliaires romaines attribuées sans certitude à la voie Domitienne. Le château se visite en été et lors des Journées européennes du patrimoine.