Origine et histoire du Château de Terre-Neuve
Le château de Terre-Neuve, édifié entre 1584 et 1594 pour Nicolas Rapin, compagnon d’armes d’Henri IV et écrivain, incarne l’apogée économique et culturel de Fontenay-le-Comte, surnommée « Fontaine des Beaux Esprits » par François Ier. Ce manoir Renaissance, au plan en équerre flanqué d’échauguettes, remplace un ancien château fort démantelé. Son architecture sobre, transformée aux XIXe siècle, intègre des éléments décoratifs issus de châteaux régionaux comme Coulonges-sur-l’Autize, dont une cheminée ornée de symboles alchimiques étudiés par Fulcanelli.
Passé entre les mains des Lazaristes en 1701 après des difficultés financières des héritiers Rapin, le château devient un refuge pour 74 prêtres réfractaires pendant la Révolution, avant d’être saisi comme bien national. En 1805, Claude Tendron de Vassé, futur maire de Fontenay, l’acquiert. Son petit-fils, Octave de Rochebrune (1824–1900), peintre et aquafortiste légitimiste, y réalise d’ambitieuses transformations : il y intègre des boiseries offertes par le comte de Chambord (dont des panneaux ornés de salamandres de François Ier), une tapisserie des Gobelins offerte à Louis XIV, et des éléments architecturaux sauvés de la destruction, comme un porche et des plafonds à caissons.
Le château, classé Monument Historique en 1978 pour ses façades, son porche et ses salons aux décors prestigieux, abrite aujourd’hui un musée dédié aux collections Fontenioux-Rochebrune. Ouvert au public depuis 1974, il révèle aussi la « chambre Rochebrune », reconstituée avec le mobilier original de l’artiste. Entre 1940 et 1942, l’écrivain Georges Simenon y séjournait, commençant son œuvre autobiographique Pedigree. Le site conserve ainsi la trace de cinq siècles d’histoire, mêlant patrimoine Renaissance, engagements religieux, et passion pour les arts.
L’édifice, profondément remanié par Octave de Rochebrune à partir de 1848, arbore des façades harmonisées par des pilastres et des statues des Muses, tandis que ses intérieurs juxtaposent des éléments « hors échelle » – comme un lit dessiné pour le comte de Chambord – et des symboles ésotériques. Les communs, reconstruits en 1876, complètent un ensemble où chaque pierre raconte une histoire, des guerres de Religion à l’éclectisme romantique.
Les archives révèlent que le manoir, initialement une métairie achetée en 1584, fut anobli en 1594, peut-être à l’achèvement des travaux. Les Lazaristes y aménagèrent une chapelle en 1711 et modernisèrent les dépendances (puits, écuries) avant la Révolution. Les inventaires de 1608 à 1675 décrivent un logis déjà luxueux, avec une galerie réfectée en 1614 et 1632. La famille Rochebrune, par des alliances et des héritages, perpétua ce patrimoine jusqu’à sa transmission en 2018, date à laquelle le musée actuel fut créé.