Origine et histoire du Château de Thanvillé
Le château de Thanvillé, situé dans le Bas-Rhin à l’est du village éponyme, s’élève dans la vallée de Villé, à proximité d’une ancienne route du Sel, axe stratégique médiéval. Contrairement aux châteaux perchés, il est implanté en fond de vallée, près d’un rétrécissement topographique entre les collines du Galgenrain et de Hollé. Son emplacement reflète à la fois une volonté de contrôle routier et une adaptation aux contraintes géologiques locales, sans position dominante militaire classique.
La première mention d’un château à Thanvillé remonte à 1089, évoquée par la chronique de Jean de Bayon : la mort accidentelle d’un ministériel du comte Hugo VI d’Éguisheim sur un chantier de construction. Cependant, la fiabilité de ce texte — rédigé trois siècles après les faits et connu par une copie du XVIe siècle — est discutable. Aucune preuve archéologique ou documentaire ne confirme l’achèvement de ce château médiéval, dont l’existence reste hypothétique. Les silences des sources jusqu’au XVIe siècle suggèrent soit sa disparition, soit une occupation discrète, comme d’autres châteaux alsaciens non mentionnés pendant des siècles.
Un édifice est attesté en 1507, lorsque le duc René de Lorraine le cède à Gaspard de Hattstatt sous condition de réparations. Endommagé lors de révoltes protestantes en 1541, il est vendu aux Vidrange, qui le possèdent jusqu’à sa destruction par un incendie en 1571. Jean Friedrich de Worms rachète les ruines et reconstruit le château entre 1572 et 1598, ajoutant des tours bastionnées pour renforcer ses défenses. Transmis à son fils Friedrich de Tanviller, l’édifice est à nouveau incendié en 1633 pendant la guerre de Trente Ans, puis partiellement restauré en 1660 par Bazin de Chanlas, qui se limite au logis.
Au XVIIIe siècle, Charles-Frédéric de Lort de Saint-Victor modernise le château (1752) : assèchement des fossés, remodelage des façades, création d’un jardin à la française et reconstruction des communs. Ces travaux effacent partiellement son caractère défensif pour adopter un style résidentiel classique. La famille de Castex, propriétaire à partir de 1786, entreprend des embellissements intérieurs au XIXe siècle (vitraux, mobilier, tableaux), mais le château subit pillages et dégâts lors des guerres de 1870, 1914-1918 et 1939-1945.
Architecturalement, le château présente un plan carré cantonné de tours, entouré de fossés. Ses façades en moellons de grès, rehaussées de chaînes d’angle en grès rose bossagé, datent majoritairement des XVIIe et XVIIIe siècles. Les lucarnes des combles portent les initiales de Théodore de Castex (XIXe siècle), tandis que les élévations mêlent baies en arc segmentaire, meurtrières et décors néo-Renaissance. Classé Monument Historique en 1989, il conserve des éléments protégés comme sa cage d’escalier, son mur d’escarpe et son portail sud.
Propriété privée depuis 1979, le château a connu des usages variés : hôpital de campagne en 1914-1918, prison en 1944, et résidence intermittente des Castex sous l’annexion allemande (1871-1918). Les restaurations successives, souvent contraintes par des dommages de guerre ou des difficultés financières, ont altéré son aspect originel, mais en font un témoin des transformations architecturales et politiques en Alsace, entre Moyen Âge tardif et époque contemporaine.