Origine et histoire
Le château de Thégra, situé dans le département du Lot en Occitanie, trouve ses origines au XIe siècle, construit sur une éminence à 800 mètres de l’actuel village. Il fut initialement lié aux vicomtes de Turenne, dont la suzeraineté fut longuement contestée par les seigneurs de Cazillac. Un arrêt du parlement de Bordeaux en 1526, confirmé en 1705 et 1735, entérina définitivement cette suzeraineté. Les seigneurs de Thégra, pour échapper à cette domination, se placèrent sous la vassalité du comte de Toulouse, puis du roi, exploitant une ambiguïté juridique faisant croire à un franc alleu. La seigneurie passa aux mains de la famille Gasc au XIIe siècle par alliance avec les vicomtes de Turenne, avant d’être partagée entre plusieurs lignées, dont les Valon, les Cornil et les Cavagnac.
Au XIIe siècle, la seigneurie de Thégra, incluant les justices locales, fut transmise à la famille Gasc, originaire de Gascogne et alliée aux Turenne. Bertrand II Gasc, seigneur de Bétaille et Thégra, joua un rôle clé dans la protection de Rocamadour, lieu de pèlerinage majeur intégré à l’archiprêtré de Thégra. La seigneurie fut ensuite morcelée entre héritiers, dont les Valon, qui devinrent coseigneurs aux côtés des Cornil et des Cavagnac. Guillaume de Valon et ses descendants consolidèrent leur pouvoir, malgré des conflits internes et des transactions successives. Le château, initialement fortifié au XIe siècle, fut détruit pendant la guerre de Cent Ans et abandonné au profit de Rocamadour par la famille de Valon.
Reconstruit dans la seconde moitié du XVe siècle par Adhémar de Valon, le château adopta un plan traditionnel avec un corps de logis rectangulaire et trois tours circulaires. Adhémar de Valon œuvra également au repeuplement du village, dévasté par la guerre, en octroyant des terres à des colons dès 1442. La seigneurie passa ensuite aux Gozon par le mariage de Jeanne de Valon avec Antoine de Gozon en 1560. Le château devint un enjeu des guerres de Religion : pris en 1574 par les protestants menés par Antoine de Malleville, il resta une forteresse huguenote jusqu’en 1580. Jeanne de Valon, veuve à trois reprises, transmit finalement Thégra à sa petite-fille Jeanne de Gozon, épousant la lignée des Touchebœuf-Beaumond.
Au XVIIIe siècle, le château fut acquis par François Niocel, un marchand de Saint-Céré, qui entreprit d’importants réaménagements. Vendu comme bien national pendant la Révolution à M. Lavaur, il changea plusieurs fois de mains au XIXe siècle, passant notamment aux familles Bergues et Calmels d’Artensac. Inscrit aux monuments historiques en 1960, le château de Thégra incarne aujourd’hui un patrimoine architectural marqué par les conflits féodaux, les guerres de Religion et les transformations sociales de l’Ancien Régime à l’époque moderne.