Origine et histoire du Château de Thiers-sur-Thève
Le château de Thiers-sur-Thève, édifié vers 1250-1260 par Thibault de Beaumont-Gâtinais et son épouse Jeanne, est un exemple rare de forteresse du XIIIe siècle où la fonction résidentielle prime sur l’aspect militaire. Sa conception classique, avec une enceinte flanquée de neuf tours rondes, contraste avec sa grande salle d’apparat aux fenêtres monumentales, unique en Île-de-France. Destiné à servir de relais de chasse aux évêques de Beauvais, il ne remplit ce rôle qu’une génération avant d’être partiellement ruiné en 1358 lors de la Grande Jacquerie.
Vendu en 1276 à Renaud de Nanteuil, évêque de Beauvais, le château abrite en 1310-1311 onze templiers en attente de procès. Dévasté lors des révoltes paysannes, il est abandonné en 1360 malgré des projets de restauration, puis démantelé en 1431 sur ordre royal. Ses pierres servent plus tard à construire des habitations locales, tandis que ses ruines, classées dès 1862, abritent aujourd’hui des maisons privées. Le site conserve des vestiges remarquables, comme la tour-chapelle ogivale ou les arcades de la salle d’apparat, malgré des destructions (ex. : pignon ouest rasé en 1870).
Architecturalement, le château se distingue par son plan carré régulier (56,80 m de côté) et ses tours aux murs fins (2 m d’épaisseur), signe d’une construction rapide en deux phases. La tour sud-est, voûtée d’ogives et ornée de chapiteaux sculptés, aurait abrité la chapelle, reliée à la salle d’apparat par un arc trilobé. Cette dernière, percée de grandes baies en tiers-point, illustre le luxe recherché par les prélats, loin des standards militaires de l’époque. Les courtines, partiellement reconstruites sans authenticité, encerclent encore un site marqué par des siècles d’exploitation forestière et agricole.
Le château incarne ainsi une transition symbolique : conçu comme une forteresse, il devient rapidement un lieu de représentation épiscopale, avant de tomber en désuétude. Son classement précoce (l’un des premiers en France) souligne son importance patrimoniale, malgré les altérations subies. Aujourd’hui, ses ruines, mêlées à des habitations modernes, rappellent une histoire brève mais intense, entre pouvoir ecclésiastique et conflits sociaux médiévaux.