Origine et histoire du Château de Thizy
Le château de Thizy trouve ses origines au XIIIe siècle avec la fondation d’un manoir-prieuré par l’abbaye de Moutier-Saint-Jean. Les caves actuelles datent de cette période. Au XIVe siècle, le logis du prieur est transformé en donjon carré, intégré à une enceinte quadrangulaire près de l’église paroissiale. Ce premier donjon, peu défensif, était accessible par un escalier en tourelle polygonale et couronné de mâchicoulis (aujourd’hui disparus). La défense de la porte d’entrée reposait sur un simple assommoir, sans trace de pont-levis.
Au début du XVe siècle, l’enceinte est agrandie pour former un quadrilatère de 40 mètres de côté. Une tour cylindrique est érigée à l’angle sud-ouest, dotée de murs épais (2,70 m), de quatre niveaux voûtés et d’un parapet à mâchicoulis. Cette tour, habitable grâce à ses cheminées et fenêtres, remplace fonctionnellement le donjon carré initial. À la fin du XVe siècle, une troisième tour carrée est ajoutée à l’angle nord-ouest, percée de canonnières, reflétant les évolutions de l’artillerie. Les bâtiments intérieurs sont alors remaniés avec des fenêtres à meneaux et des lucarnes à gâbles.
Le XVIe siècle voit l’ajout d’un pavillon carré à l’angle nord-ouest, coiffé d’une pyramide en calcaire. Le château, partiellement détruit pendant la Révolution (notamment le logis seigneurial), est restauré au XIXe siècle par la famille Montarlot, qui reconstitue fidèlement certaines parties. Parmi les éléments remarquables subsistent un cellier gothique du XIIe siècle (voûté sur 16 mètres, orné de chapiteaux sculptés), une chapelle en matériaux rudimentaires, et des cheminées monumentales. Le site, inscrit aux Monuments Historiques en 1974, est aujourd’hui une copropriété privée toujours habitée.
L’architecture du château illustre les transitions entre les fonctions religieuses (prieuré), militaires (donjons, canonnières) et seigneuriales (logis, cellier viticole). Le vin produit sur place au Moyen Âge était réputé jusqu’à la cour de François Ier. Les systèmes défensifs, comme les mâchicoulis, les meurtrières et le chemin de ronde de 38 mètres, témoignent des adaptations aux conflits de chaque époque. La tour ronde, avec ses canonnières et sa voûte percée pour évacuer la fumée, incarne l’adaptation aux armes à feu au XVIe siècle.
Le château conserve également des traces de la vie quotidienne : un puits dans la cour, des bancs de pierre près des fenêtres à meneaux, et des créneaux équipés de crochets pour suspendre des volets de bois (huchettes). La tour octogonale (la Guette) offre un escalier en spirale de 120 marches menant à une vue panoramique. Les restaurations des années 1960, menées par Maurice Savioz, ont préservé les grandes salles du donjon nord-est, avec leurs cheminées et coussièges. Aujourd’hui, une partie des lieux accueille des expositions d’art contemporain, mêlant patrimoine et création.