Origine et histoire du Château de Tiffauges
Le château de Tiffauges est un ancien château fort aujourd’hui en ruines, construit sur une butte stratégique au confluent de la Sèvre Nantaise et de la Crûme, dans le département de la Vendée. Élevé au XIIe siècle par Geoffroy de Thouars, il protégeait un village ceint de remparts le long de la rivière. Son emplacement face à l’Anjou en faisait une forteresse difficile à assaillir, renforcée par une enceinte flanquée de vingt tours et un donjon roman à contreforts aplatis, typique des constructions de Thouars.
Le monument est indissociable de Gilles de Rais, seigneur des lieux après son mariage avec Catherine de Thouars en 1420. Selon la légende, les catacombes du château auraient servi de théâtre à ses crimes contre près de 200 enfants. Après sa mort en 1440, sa veuve se remarie avec Jean II de Vendôme, qui érige vers 1520 la tour du Vidame, une massive tour d’artillerie en fer à cheval. Le château, attaqué et incendié en 1569 pendant les guerres de Religion, subit un démantèlement ordonné par Richelieu en 1626, bien que partiellement inefficace.
Entre le XIIe et le XVIe siècle, le château évolue architecturalement : le donjon est retranché par une chemise au XVe siècle, et des boulevards ainsi que des tours (Pertuis, Ronde, Vidame) sont ajoutés pour moderniser ses défenses. La chapelle castrale Saint-Vincent, dotée d’une rare crypte romane, et les vestiges du donjon carré témoignent de cette histoire complexe. Abandonné après les guerres de Vendée (il joue un rôle dans la bataille de Torfou en 1793), le site est vendu à la mairie en 1955 pour un franc symbolique.
Les fouilles et restaurations débutent dans les années 1980, révélant des artefacts comme une hacquebute du XVIe siècle dans les fossés. Classé monument historique en 1957 (pour ses vestiges et sa crypte), puis partiellement inscrit en 2018 pour sa digue et ses aménagements hydrauliques, le château devient une propriété départementale en 2002. Aujourd’hui, il accueille des spectacles sur Gilles de Rais, un laboratoire d’alchimie reconstitué et un conservatoire de machines de guerre médiévales, attirant un public touristique depuis les années 1990.
Avant sa restauration, le site, longtemps à l’abandon, fut même utilisé comme terrain de football par le club local. Les travaux archéologiques ont permis de mettre en valeur son donjon arasé par Richelieu, sa chapelle en ruine, et sa tour du Vidame, dont le chemin de ronde aux 37 mâchicoulis offre une acoustique remarquable. Le château illustre ainsi les transitions architecturales entre Moyen Âge et Renaissance, marquées par l’adaptation aux armes à feu et aux conflits religieux.
Son histoire récente est aussi celle d’une réappropriation culturelle : depuis les années 1990, le château de Tiffauges, surnommé « château de Barbe Bleue », mêle patrimoine et légende, tout en préservant les traces de ses destructions successives. Les vestiges, bien que partiellement altérés par des aménagements municipaux sans fouilles, restent un témoignage majeur de l’histoire militaire et seigneuriale de la Vendée.