Origine et histoire du Château de Tournoël
Le château de Tournoël, édifié sur un éperon volcanique à 594 m d’altitude près de Volvic (Puy-de-Dôme), est une forteresse médiévale classée monument historique dès 1889. Son nom d’origine gauloise, Turno ialon (« la hauteur au-dessus de la plaine »), reflète sa position stratégique surplombant la Limagne, entre Riom, capitale judiciaire de Basse-Auvergne, et l’abbaye de Mozac. Réputé « inexpugnable » au XIIIe siècle grâce à ses pentes abruptes et ses défenses multipliées, il fut un contre-pouvoir seigneurial face aux institutions consulaires, royales et religieuses de la région.
La première mention écrite de Tournoël remonte au XIe siècle sous la forme occitane Turnoile. Le château, initialement possession des comtes d’Auvergne, devient un symbole de leur résistance contre la couronne. En 1213, son siège marque un tournant : après une défense acharnée menée par Gualeran de Corbelles, la reddition de la forteresse scelle le rattachement de la Basse-Auvergne au domaine royal. Guy II d’Auvergne, vaincu, ne conserve que Vic-le-Comte. Le château passe alors sous contrôle royal, avant d’être échangé en 1306 avec les héritiers de Géraud de Maulmont contre des places stratégiques en Limousin.
Au XIVe siècle, Hugues de La Roche, maréchal de la Cour pontificale et grand chancelier de France, renforce les fortifications du donjon circulaire, ajoutant un chemin de ronde et des mâchicoulis. Le château, transformé en résidence seigneuriale aux XVe et XVIe siècles par la famille de La Roche, puis par les d’Albon de Saint-André, voit son architecture intérieure embellie (fenêtres, décors Renaissance). Antoine de La Roche, chambellan de Louis XI, y réside avant d’être emprisonné pour sa rivalité avec le duc de Bourbon. Le château reste habité jusqu’au XIXe siècle, sans jamais donner naissance à un bourg, en raison de la proximité de Volvic.
La Révolution française met fin aux droits seigneuriaux en 1793, et Tournoël passe entre les mains de familles locales, dont les Chabrol, avant d’être racheté en 2000 par Claude Aguttes. Ce dernier entreprend une restauration complète, préservant des éléments remarquables comme la tour au miche (XVIe siècle), les graffitis médiévaux (chasse au loup, saint Georges terrassant le dragon), et les deux donjons (rectangulaire du XIIe et circulaire du XIIIe-XIVe siècle). Aujourd’hui ouvert au public, le site témoigne de dix siècles d’histoire militaire et aristocratique en Auvergne.
Le château illustre les enjeux géopolitiques médiévaux : conflit entre comtes d’Auvergne et Capétiens, guerre de Cent Ans, et guerres de Religion. Son architecture mêle fonctions défensives (éperon pentagonal, chemise fortifiée) et résidentielles (logis Renaissance). Les inventaires historiques révèlent aussi son arsenal (couleuvrines, canons à boulets de pierre), soulignant son rôle dans les conflits locaux jusqu’au XVIe siècle.