Origine et histoire du Château de Tours
Le château de Tours, situé en bordure de Loire dans le quartier historique de Tours (Indre-et-Loire), trouve ses origines dans une résidence comtale en pierre érigée entre 1044 et 1060 par Geoffroy Martel, comte d’Anjou, sur les vestiges d’un castrum gallo-romain du IVe siècle. Ce premier édifice, plus résidentiel que défensif, réutilisait des murs antiques épais de 4,50 m et intégrait une grande salle de 28 m de long ainsi qu’une tour carrée quasi aveugle, probablement destinée à loger les comtes. Les fouilles des années 1970 ont révélé des traces d’occupations antérieures, dont des thermes publics et un habitat aristocratique entre le Ve et le XIe siècle.
Transformé en forteresse royale quadrangulaire au XIIIe siècle sous Saint Louis ou Philippe III le Hardi, le château est agrandi et doté de quatre tours rondes, dont la tour de Guise, future tour maîtresse. Au XVe siècle, Marie d’Anjou, épouse de Charles VII, y ordonne des aménagements majeurs, comme la construction du Logis des Gouverneurs, un bâtiment indépendant à trois étages adossé aux remparts gallo-romains. Le château, bien que résidence royale occasionnelle, sert aussi de prison et d’arsenal, avant d’être progressivement délaissé au profit d’autres demeures de la Renaissance.
Presque entièrement démantelé au XVIIIe siècle pour laisser place à une caserne militaire, le site ne conserve que deux tours médiévales (Guise et du Cachot Secret), reliées par un bâtiment de caserne construit vers 1781, le pavillon de Mars. Après avoir abrité des unités militaires jusqu’aux années 1960, le château est restauré à partir de 1972 grâce à des fouilles archéologiques majeures dirigées par Henri Galinié. Ces travaux révèlent les fondations du château comtal, des vestiges antiques, et permettent de dater précisément sa construction au XIe siècle, infirmant l’attribution précédente à Henri II Plantagenêt.
Aujourd’hui, le château de Tours, classé partiellement aux monuments historiques depuis 1913, accueille des musées (art contemporain, histoire urbaine), des bibliothèques spécialisées en archéologie, et des expositions. Bien que ses vestiges archéologiques soient désormais recouverts pour leur protection, le site reste un témoignage clé de l’histoire tourangelle, depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque moderne, et participe au label Ville d’Art et d’Histoire de Tours depuis 1988.
Parmi les épisodes marquants, le château fut le théâtre de l’évasion spectaculaire du jeune duc de Guise en 1591, après trois ans de captivité dans la tour maîtresse. Il abritera aussi des prisonniers célèbres comme Jacques Cœur ou le cardinal La Balue, et accueillera des figures historiques telles que Jeanne d’Arc en 1429 ou Marguerite d’Écosse, épouse de Louis XI, dont le mariage fut célébré dans la chapelle du château en 1436.
L’architecture actuelle mêle ainsi des éléments médiévaux (tours du XIIIe siècle aux culs-de-lampe sculptés), Renaissance (Logis des Gouverneurs), et classiques (pavillon de Mars). Les fouilles ont par ailleurs mis au jour un mobilier archéologique exceptionnel, dont des monnaies des comtes d’Anjou, des céramiques, et des objets du XIe siècle, offrant un aperçu unique de la vie quotidienne et des transformations urbaines de Tours sur deux millénaires.