Origine et histoire du Château de Trémazan
Le château de Trémazan, situé sur la commune de Landunvez (Finistère), est une forteresse médiévale en ruine datant principalement des XIIe au XVe siècles. Implanté à 250 mètres de la mer, dans une cuvette marécageuse près du lieu-dit Kersaint, il était le chef-lieu du fief de la famille du Chastel, l’une des plus puissantes du Léon. Son donjon carré, haut de 28 mètres, domine une double enceinte fortifiée, témoignant de son rôle défensif et résidentiel. Le site, entouré de douves et traversé par un ruisseau, était relié à la mer par un réseau hydraulique naturel.
La construction du château est intimement liée à l’ascension de la famille du Chastel, mentionnée dès le XIIIe siècle. Bernard du Chastel, propriétaire en 1351, aurait commandité le donjon vers 1315–1350, suivi par une première enceinte fortifiée abritant des logements seigneuriaux. Une seconde enceinte, datant du XVe siècle, délimitait une basse-cour. Le château, symbole de la puissance des du Chastel, fut cependant détruit en 1220 lors d’un conflit avec le duc de Bretagne, puis reconstruit trente ans plus tard. La chapelle seigneuriale Notre-Dame, érigée en collégiale en 1518, et la juridiction de Kersaint soulignent son importance administrative et religieuse.
À partir du XVIe siècle, le déclin s’amorce avec l’extinction de la lignée masculine des du Chastel. Le château, vendu comme bien national pendant la Révolution, sert de carrière de pierres aux XVIIe et XVIIIe siècles. Ses matériaux sont réutilisés pour construire l’église Saint-Louis et une salle de spectacle à Brest. Abandonné, il est habité au XIXe siècle par un ermite surnommé « Napoléon », dernier occupant des lieux. Classé Monument Historique en 1926, le site subit un effondrement partiel du donjon en 1995, révélant une tour habitable à quatre étages.
Les fouilles archéologiques, comme celles dirigées par Gildas Durand en 1978, ont permis de préciser sa chronologie. Les analyses dendrochronologiques des poutres confirment une construction majoritairement aux XIIIe et XIVe siècles, remettant en cause les légendes d’une origine antérieure au XIIe siècle. Aujourd’hui, l’association SOS Château de Trémazan œuvre pour sa préservation, organisant des colloques (comme celui de 2004 à Brest) et finançant des consolidations. Le donjon et la première enceinte, acquis par la commune en 1998, restent les vestiges les plus impressionnants, entourés de légendes comme celle de sainte Haude ou de l’érosion marine rapprochant le château de la côte.
Architecturalement, le château mêle des éléments défensifs médiévaux (hourds en bois, herse, assommoir) et des adaptations ultérieures, comme des canonnières dans les mâchicoulis. Le donjon, initialement haut de 30 à 35 mètres, abrite des chambres superposées accessibles par un escalier intégré dans l’épaisseur des murs. Les descriptions du XIXe siècle, comme celles d’A. Marteville (1843) ou d’Allain Ferrand (1903), soulignent son aspect majestueux malgré les ruines, évoquant une forteresse mauresque ou un symbole de la grandeur perdue des du Chastel. Le colombier du XVIe siècle et les vestiges de la basse-cour complètent cet ensemble, aujourd’hui protégé mais fragile.