Patrimoine classé
L'ensemble des éléments constitutifs, bâtis et paysagers, du domaine de Trévarez, à savoir : Les façades et toitures du château et la totalité des pièces du rez-de-chaussée et du sous-sol y compris l'escalier d "honneur ainsi que les escaliers, les rampes et la balustrade périphérique de la terrasse sud ; les façades et les toitures des communs ainsi que les stalles conservées dans l'extrémité sud-est de l'aile sud des écuries et la fontaine du Lion y compris le mur de soutènement sur lequel elle s'adosse ; le manoir (ferme expérimentale) : les façades et les toitures du logis, des deux maisons de fonction, de l'ensemble des communes (à l'exclusion du hangar ouest) et des chenils ainsi que les anciens jardins en terrasses ; la chapelle et la fontaine Saint-Hubert, en totalité ; la pavillon de garde de Cavarno pour ses façades et ses toitures ; la maison du jardinier pour ses façades et ses toitures, y compris la serre attenante en totalité ; les sols et les murs de clôture du verger et du potager, le bassin central du potager ; les serres à savoir les serres adossées au mur nord du potager en totalité, dans le verger les trois serres froides et la serre chaude pour leurs façades et leurs toitures ; la cressonnière ; la parc paysager et les jardins (régulier, classique, d'inspiration Renaissance italienne, pittoresque et asiatique) avec les fabriques qu'ils contiennent, à savoir le bassin de la Chasse et son buffet d'eau du jardin Renaissance, les deux vasques et le cadran solaire du jardin régulier, les deux statues des enfants maîtres-chiens, et les infrastructures hydrauliques, à savoir le réservoir sud-ouest, les canalisations souterraines et dégagées, l'étang, qui, vannes et vivier ; les grilles et les piliers des portails d'accès par les pavillons de Cavarno et la maison forestière de Vein Roux (cad. AL 6 à 33, 38, 41 à 46 ; AI 11 à 17, 50, 53) : inscription par arrêté du 6 avril 2009
Personnages clés
| James de Kerjégu - Commanditaire et propriétaire |
Président du conseil général, fit construire le château. |
| Walter-André Destailleur - Architecte du château |
Conçut l’édifice éclectique avec charpente métallique. |
| Louise du Bot du Grégo - Figure historique du manoir |
Noble bretonne liée à la chouannerie et à Lazare Hoche. |
| Henri de La Ferronnays - Gendre de James de Kerjégu |
Organisa des réceptions fastueuses jusqu’en 1939. |
| Françoise de Kerjégu - Dernière propriétaire privée |
Fille de James, hérita du domaine jusqu’en 1968. |
Origine et histoire du Château de Trévarez
Le château de Trévarez, situé à Saint-Goazec dans le Finistère, fut construit entre 1893 et 1907 par James de Kerjégu, président du conseil général du Finistère, pour en faire une résidence mondaine alliant luxe et modernité. Inspiré des styles victorien et néogothique, avec des références bretonnes, il intégrait des technologies révolutionnaires pour l’époque : ascenseurs, chauffage central, électricité et eau courante. Son architecte, Walter-André Destailleur, conçut une structure hybride en kersantite et brique, avec une charpente métallique innovante, exposée à l’Exposition universelle de 1904.
Le domaine, héritier d’un ancien manoir du XVIIe siècle lié à la noblesse bretonne, fut profondément transformé par James de Kerjégu. Il fit aménager un parc à l’anglaise de 85 hectares, peuplé d’essences exotiques et de jardins thématiques (italien, japonais, régulier). Le château, endommagé par un bombardement allié en 1944, fut racheté en 1968 par le conseil général du Finistère, qui entreprit sa restauration partielle. Aujourd’hui, seul le rez-de-chaussée est visitable, mais le parc, classé Jardin remarquable et abritant des collections botaniques rares, reste ouvert au public.
L’histoire du site remonte à l’Ancien Régime, où le manoir de Trévarez appartenait à des familles nobles bretonnes, comme les Mesgouez ou les Kernezne. Au XIXe siècle, Louise du Bot du Grégo, figure controversée de la chouannerie, y vécut avant que le domaine ne soit acquis en 1845 par la famille de Kerjégu. James de Kerjégu, dernier propriétaire privé, y organisa des réceptions fastueuses jusqu’à sa mort en 1908. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le château servit de lieu de repos pour les sous-mariniers allemands et japonais, avant d’être partiellement détruit en 1944.
Le parc, conçu comme un écrin pour le château, mêle héritage paysager et innovations botaniques. On y trouve des serres chauffées, un étang artificiel, et des espèces rares comme des séquoias ou des camélias centenaires. Classé Monument historique en 2009 et labellisé Patrimoine du XXe siècle, Trévarez incarne l’alliance entre patrimoine architectural et naturel. Depuis 2006, il fait partie de l’établissement public Chemins du patrimoine en Finistère, aux côtés d’autres sites emblématiques comme l’abbaye de Daoulas.
L’architecture du château, marquée par un éclectisme assumé, combine des éléments défensifs (faux mâchicoulis, tours dissymétriques) et des décors inspirés de la Renaissance ou de la Bretagne. Les intérieurs, aujourd’hui partiellement inaccessibles, témoignent d’un luxe extrême : 30 chambres avec salles de bains, piscines, et cuisines souterraines équipées de technologies avancées. Le bombardement de 1944 a détruit une grande partie des étages supérieurs, mais les sous-sols et le rez-de-chaussée conservent des traces de ce faste, comme les ascenseurs ou les systèmes hydrauliques.
Aujourd’hui, Trévarez est un site culturel majeur en Bretagne, accueillant expositions, concours hippiques et événements botaniques. Son parc, réaménagé après l’ouragan de 1987, propose des promenades thématiques selon les saisons (camélias en hiver, rhododendrons au printemps). Le château, bien que partiellement en ruines, reste un symbole de l’audace architecturale de la Belle Époque et de la résilience d’un patrimoine marqué par l’histoire.