Origine et histoire du Château de Vallière
Le château de Vallière fut construit en 1894 pour Agénor de Gramont, 11e duc de Gramont, et son épouse Marguerite de Rothschild, sur un domaine historique ayant appartenu à Joseph Bonaparte (1798-1814). Ce dernier y avait aménagé un parc paysager entre 1808 et 1814, intégrant des étangs médiévaux créés par les moines de Chaalis et des fabriques pittoresques comme le pavillon de Vallière ou les Bains de Diane. Le domaine, acquis en 1829 par le prince de Condé, passa ensuite à sa maîtresse Sophie Dawes, puis à sa filleule Sophie Thanaron, épouse du préfet Henri Corbin, avant d’être vendu en 1892 aux Gramont.
Le château, de style néogothique inspiré des châteaux de la Loire (notamment Azay-le-Rideau), abrite une chapelle, un théâtre et trente chambres avec salles de bains, un luxe rare pour l’époque. Son parc à l’anglaise, organisé autour de quatre étangs dont le lac de l’Épine, était réputé pour ses perspectives et ses fabriques, comme la tour Rochefort ou la grotte des Amours. Le domaine fut un lieu de chasse et de réceptions mondaines, accueillant des personnalités comme Marcel Proust en 1904. Pendant la Première Guerre mondiale, il fut le théâtre d’un affrontement le 2 septembre 1914, marquant l’avancée maximale des troupes allemandes près de Paris.
Classé site naturel en 1961 et partiellement protégé comme Monument Historique en 1975 (façades et toitures), le château changea de mains en 1982, quittant la famille Gramont. Aujourd’hui propriété de l’émir Al-Tajir Mahdi, le domaine, bien que fermé au public, conserve un patrimoine architectural et paysager exceptionnel, incluant des vestiges des aménagements de Joseph Bonaparte et des collections d’art dispersées, comme les portraits familiaux des Gramont, aujourd’hui déposés à Bayonne.
Le Grand Parc, autrefois accessible aux promeneurs, s’étendait sur 1 500 hectares avec des îles, des canaux et des belvédères, comme l’île Molton ou le kiosque dédié à Buffon. Les étangs, alimentés par la rivière Thève, étaient reliés par des circuits de navigation sous Bonaparte. Cependant, depuis le XIXe siècle, l’entretien déclina, et les perspectives paysagères, autrefois admirées pour leur beauté « naturelle apprivoisée », sont aujourd’hui obstruées par une végétation dense. Le domaine reste un témoignage majeur de l’art des jardins et de l’histoire aristocratique française.
Parmi les éléments remarquables, la chapelle Sainte-Marguerite-des-Grès (XIIe et XIXe siècles) et le pavillon de Vallière, ancien rendez-vous de pêche, subsistent malgré l’abandon. Le parc abritait aussi des serres d’orchidées, un haras (Charlepont), et un monument aux morts de la Première Guerre mondiale. Les collections d’art des Gramont, incluant des œuvres de Boldini, Laszlo ou Vigée-Lebrun, furent transférées au musée de Pau et à Bayonne après 1981. Le domaine, bien que privé, reste un site écologique protégé dans le parc naturel régional Oise-Pays de France.