Origine et histoire du Château de Vayres
Le château de Vayres, situé dans la commune de Vayres en Gironde à environ 25 km de Bordeaux, domine la Dordogne et occupe depuis l'Antiquité un site d'importance stratégique sur l'axe vers le centre de la France. Des fouilles ont mis au jour des fours de poterie gallo-romains, signe d'une occupation dense avant l'installation d'un oppidum puis d'un premier château fort en bois. Dès le XIe siècle le château est en pierre, attesté par un document de 1092 ; il a connu, du Moyen Âge à nos jours, trois grandes phases de transformations : forteresse médiévale, résidence de la Renaissance et grands aménagements aux XVIIe et début du XVIIIe siècle. Propriété successivement des Gombaud puis, par mariage, de la maison de Bourg, il passe au XIIIe siècle aux Albret via Amanieu VII qui renforce l'enceinte en créant la « Tour du moulin ». À partir de 1326 Bérard Ier de Vayres, allié des Anglais, développe le site en vaste forteresse ; du Moyen Âge subsistent aujourd'hui le donjon, le châtelet d'entrée et les douves, traditionnellement sèches. Le château subit de lourds dommages pendant la Guerre de Cent Ans et change plusieurs fois de mains, donné à des personnages tels que Gaston de Foix ou d'autres branches de la famille d'Albret ; il est encore lié par mariage à César Borgia en 1499, puis revient à Henri d'Albret, roi de Navarre, en 1535. Héritier par sa mère Jeanne d'Albret, Henri de Navarre séjourne à Vayres avant de vendre, ruiné, le domaine en 1583 à Ogier de Gourgue, président des trésoriers des finances de Guyenne. Gourgue transforme la forteresse en château d'agrément de style Renaissance ; en 1586 il fait peut-être appel à l'architecte Louis de Foix pour la façade maniériste de la cour d'honneur. Son fils, Marc-Antoine de Gourgue, sera premier président du parlement de Bordeaux et baron de Vayres. Au XVIIe siècle la famille de Gourgue prend part à la Fronde, le château est de nouveau endommagé, puis vers 1700 Jacques-Joseph de Gourgue entreprend une restauration qui harmonise les corps de bâtiments côté Dordogne, crée un grand escalier franchissant les douves et élève un pavillon central coiffé d'un toit à l'impériale ; l'église voisine reçoit aussi un clocher comparable. Le pont-levis et la barbacane sont remplacés par un pont fixe et un portique de type Vauban, et aucune transformation majeure n'a été effectuée depuis cette phase. Propriété des Gourgue jusqu'au tournant du XXe siècle, le domaine passe ensuite à M. et Mme Pavillon qui adaptent les appartements et ajoutent une lanterne au-dessus du dôme ; les familles Dubos et Barde se succèdent avant la vente aux enchères de 1996 à Gilles Etrillard, qui confie la gestion à sa sœur Sylvie Boucly. Le château, le moulin et leurs dépendances font l'objet de protections au titre des monuments historiques : parties classées le 4 octobre 2001, parties inscrites depuis le 18 septembre 2000, et le jardin classé le 9 avril 2002. Toujours propriété privée et continuellement habitée, la demeure a fait l'objet de campagnes de restauration, dont la création d'une bibliothèque et la remise en état des salons d'apparat. Les jardins, représentés au XVIIe siècle sur une gravure de Claude Chastillon puis abandonnés, ont été recréés en 1938 selon un dessin plus simple mais régulier de parterres à la française par l'architecte-paysagiste Louis-Ferdinand Duprat ; le parc est labellisé Jardin remarquable. Des visites guidées sont proposées tous les jours pour les groupes sur réservation et, de Pâques à la Toussaint, pour les visiteurs individuels ; des animations renouvelées chaque année complètent ces visites, avec parcours d'énigmes, après‑midi pour enfants, journées pédagogiques pour scolaires et nocturnes costumées et théâtralisées.