Origine et histoire du Château de Versigny
Le château de Versigny, situé dans le département de l’Oise en région Hauts-de-France, trouve ses origines entre le XVe et le XVIIIe siècle. À l’origine, il s’agissait d’un domaine seigneurial appartenant à la famille de Laon, puis vendu en 1401 à Henri de Marle, futur Chancelier de France. Ses descendants, les Hector de Marle, conservèrent la seigneurie jusqu’à la fin du XVIIe siècle, occupant des fonctions prestigieuses comme prévôt des marchands ou président de la Chambre des Comptes. Le château médiéval, remplacé progressivement, présentait alors une cour fermée, un logis asymétrique et une basse-cour, avec une ferme adjacente dite du « Petit Hôtel ».
À partir des années 1830-1840, Jean Baptiste Isidore et Aglaé Louise Léonore de Junquières entreprirent une transformation majeure du château, lui donnant son aspect actuel. Les ailes asymétriques furent remplacées par des ailes perpendiculaires au logis, et les façades adoptèrent un style néo-classique inspiré d’Ange-Jacques Gabriel. Les armoiries des familles Junquières et Rouffiac, apposées sur les ailes sud et nord, rappellent cette période de rénovation. Le parc à la française, attribué sans preuve à André Le Nôtre, fut aménagé entre le XVIe et le XVIIIe siècle, avec des perspectives ordonnées et des fabriques comme une glacière, une grotte et une cascade.
Le château joua un rôle clé durant les conflits modernes. Pendant la Première Guerre mondiale, le général Mangin y établit son quartier général en 1918 pour préparer la seconde bataille de la Marne, un tournant décisif contre les Allemands. La Conférence de Versigny, tenue le 16 octobre 1918, y décida de l’engagement de la 10e armée française. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le domaine fut réquisitionné par la Luftwaffe, puis saccagé par une brigade SS en représailles contre l’engagement dans la Résistance de Jacques de Kersaint, propriétaire et membre du réseau Publican. Après 1945, malgré l’absence de financements publics pour les dommages de guerre, la famille de Kersaint entreprit une rénovation de soixante ans, toujours en cours.
Le parc, inscrit aux Monuments Historiques en 2009, s’étendait initialement sur une centaine d’hectares, mêlant jardin à la française et à l’anglaise. Bien que partiellement abandonné au XXe siècle, sa restauration débuta dans les années 1980, malgré les dégâts causés par les tempêtes de 1987, 1993 et 1999. Aujourd’hui, le château et son parc, ouverts à la visite, témoignent de cette histoire riche, entre noblesse, architecture et engagements militaires.
La commune de Versigny, traversée par la Nonette, abrite également l’église Saint-Martin (XVe-XVIe siècles), classée Monument Historique, et le calvaire de Droizelles. Le village, rural et proche du parc naturel régional Oise-Pays de France, conserve des traces de son passé médiéval et seigneurial, tout en ayant joué un rôle discret mais significatif dans les deux guerres mondiales.