Origine et histoire
Le château de Versols, érigé sur une terrasse rocheuse dans la vallée de la Sorgues (Sud-Aveyron), est le cœur du castrum médiéval de Versols, situé au confluent de la Sorgues et du Versolet. Occupé dès le haut Moyen Âge, probablement sur l’emplacement d’un oppidum gallo-romain, le site est mentionné dès le XIe siècle. Son organisation en moulon fortifié autour d’une cour intérieure reflète son rôle stratégique, renforcé vers 1360–1370 pendant la Guerre de Cent Ans par une poterne, trois tours d’angle et deux échauguettes. Les caves voûtées, datant des Xe–XIVe siècles, soutiennent un logis des XVe–XVIe siècles, remanié au XVIIe par l’ajout d’un étage.
En 1132, Guillaume Bernard de Versols cède son fief à l’abbaye de Sylvanès avant de partir pour Jérusalem. De 1256 à 1277, Guilhem de Roquefeuil, fils naturel d’Arnaud de Roquefeuil (comptor de Nant), unifie la seigneurie de Versols. Son testament, étudié par Philippe Figuière, révèle son influence dans les réseaux féodaux du Languedoc et de l’Aragon au XIIIe siècle. La seigneurie reste aux Roquefeuil-Versols jusqu’en 1716, date à laquelle Élisabeth de Roquefeuil-Versols épouse Jean-Casimir d’Izarn de Freissinet de Valady, perpétuant le nom par clause testamentaire.
Aux XIXe et XXe siècles, le château, morcelé et abandonné, tombe en ruine. À partir de 1964, André de Roquefeuil et son épouse le rachètent parcellaires par parcellaires, avant de le restaurer dans les années 1980 avec l’appui de l’architecte des Monuments Historiques Louis Causse et les recherches de Jacques Miquel. Depuis, le château, toujours propriété privée de la famille, se visite d’avril à septembre et participe aux Journées du Patrimoine. La grande salle gothique (tinel), avec sa cheminée et ses peintures murales, est classée Monument Historique depuis 1988.
L’édifice illustre l’évolution architecturale médiévale et moderne, mêlant fonctions défensive (tours, poterne), seigneuriale (logis, salle d’apparat) et symbolique (transmission du nom Roquefeuil-Versols). Son histoire reflète aussi les dynamiques féodales du Rouergue, entre alliances locales (abbaye de Sylvanès) et influences régionales (Aragon, Languedoc).