Origine et histoire du Château de Vesvres
Le château de Vesvres, situé à Rouy dans la Nièvre, est une maison-forte de plaine édifiée au XIIe siècle à l’intersection de deux voies romaines majeures : l’une reliant Nevers à Autun (axe est-ouest), l’autre Clamecy à Decize (axe nord-sud). Ce site stratégique, ceint de murs et entouré de deux étangs, abritait une seigneurie puissante. Les vestiges architecturaux, comme le donjon carré du XVe siècle aux murs épais percés d’archères, ou les courtines doublées pour loger une garnison, reflètent son rôle défensif et résidentiel.
Au XVe siècle, la seigneurie passe à la Maison d’Armes, qui entreprend des travaux pour loger mercenaires et paysans, transformant partiellement les défenses en habitats. Confisquée en 1474 par Louis XI à la famille de Rochefort (alliée de Charles le Téméraire), elle est restituée après 1477. Le château, périodiquement abandonné, est réoccupé en 1558 grâce à de nouvelles restructurations. Au XVIIIe siècle, après l’extinction de la lignée d’Armes, il devient une exploitation agricole sous la gestion de métayers, dont Claude Mathieu, pionnier de l’élevage de la race Charolaise.
La Révolution marque un tournant : vendu comme bien national en 1794, le château en ruines est acquis par Camille Mathieu, fils de Claude. Au XIXe siècle, les Pracomtal récupèrent le domaine, mais les problèmes successoraux du XXe siècle (17 héritiers en 1957) mènent à son morcellement. Sauvé de la ruine par la famille Dalloz-Bourguignon (1963-1994), qui le restaure en centre d’art, il est aujourd’hui une propriété privée fermée au public, après des décennies de pillages et de restaurations successives.
L’architecture mêle éléments médiévaux (donjon, courtines du XIIIe-XIVe siècles) et ajouts Renaissance (bâtiments du XVIe siècle, colombier sculpté). Les fossés comblés au XVIIe siècle, le pont-levis disparu, et les écussons martelés à la Révolution illustrent ses transformations. Les communs, avec écuries et granges, portent encore les traces des armes des seigneurs, tandis que les étangs et prés environnants rappellent son ancrage dans le paysage nivernais.
Parmi les propriétaires marquants figurent Jean de Billy (XIVe siècle), les d’Armes (XVe-XVIIIe siècles), ou Bruno Ecklé (à partir de 1994), qui confia sa gestion à Bernard Massin pour une restauration d’urgence. Les armoiries des familles successives (Pracomtal, d’Armes, d’Ancienville) ornaient autrefois les façades, aujourd’hui partiellement effacées par le temps et les conflits.