Origine et histoire du Château de Vilgénis
Le château de Vilgénis, situé à Massy en Île-de-France, trouve ses origines à l’époque gallo-romaine avec une villa rustica remplacée au XIIe siècle par une ferme fortifiée. Au XVIe siècle, la famille Fourquaud y construit un château entouré de douves, puis le domaine passe entre les mains de plusieurs familles aristocratiques, dont les Vigny, les Solly, et les Albertas, qui l’agrandissent progressivement. En 1719, Claude Glucq, un magistrat parisien, le transforme en une demeure ornée d’œuvres d’art, dont des toiles d’Alexandre-François Desportes, avant de le céder en 1741 à Élisabeth-Alexandrine de Bourbon-Condé, qui le modernise selon les plans de l’architecte Nicolas Dulin.
Au XVIIIe siècle, le château devient une résidence prestigieuse des Bourbon-Condé, avec un parc redessiné et des communs reconstruits en 1774. La Révolution française marque un tournant : pillé en 1789, il est vendu comme bien national en 1795 et transformé en filature textile. Au XIXe siècle, le prince Jérôme Bonaparte l’acquiert, agrandit la demeure dans le style Empire, et aménage le parc avec des lacs en forme de bicorne napoléonien. Après plusieurs changements de propriétaires, dont le peintre André Giroux, le château est racheté en 1906 par l’Américain William Ellis Corey, qui en fait un lieu de réception.
Au XXe siècle, le château de Vilgénis prend une vocation militaire pendant les deux guerres mondiales, abritant notamment un état-major allemand en 1940-1941. En 1950, il est exproprié par l’État et devient un centre de formation pour Air France jusqu’en 2010. Le domaine est alors divisé : une partie est conservée par Air France, une autre vendue à Safran pour un centre de formation, tandis que la ville de Massy y aménage un espace naturel public. Le château, classé monument historique en 1977, allie aujourd’hui héritage architectural et usages modernes.
L’architecture du château, reconstruite au XIXe siècle, mêle briques et meulières sous un enduit imitant la pierre. Organisé en « U », il présente des façades symétriques, des frontons ornés d’armes impériales et une toiture à la Mansart. Les communs, datés de 1755 et classés, encadrent une cour centrale avec un porche surmonté d’un beffroi. Le parc de 65 hectares, parcouru par la Bièvre, inclut des lacs, une ancienne glacière et une roseraie, partiellement préservés malgré les aménagements contemporains.
Après le départ d’Air France en 2010, le site se transforme : Safran y installe un centre de formation, tandis que Massy ouvre au public un espace naturel de 18 hectares autour d’un bras mort de la Bièvre. Une Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) voit aussi la construction de 1 000 logements à partir de 2018. Malgré ces évolutions, le château conserve son statut de monument historique, témoin des métamorphoses d’un domaine passé des mains de l’aristocratie à celles de l’industrie et des collectivités.