Origine et histoire
Le château de Virieu trouve ses origines au XIe siècle comme motte castrale en bois, érigée par Wilfrid de Virieu. Transformé en château de pierre au XIIe siècle, il devient le chef-lieu du mandement de Virieu en 1107, lors du partage du comté de Sermorens. Ce site stratégique, dominant le val de Virieu, évolue au fil des siècles sous l’influence de familles nobles successives.
Acquis en 1220 par la maison de Clermont via un mariage, le château reste dans cette lignée pendant sept générations. En 1573, Antoine de Clermont le vend à Artus Prunier de Saint-André, premier président au Parlement de Grenoble. Ce dernier entreprend des agrandissements majeurs, préservant cependant l’harmonie architecturale d’ensemble. Le château accueille même Louis XIII en 1622, qui y laisse des canons encore visibles aujourd’hui.
Au XVIIe siècle, le château subit des transformations notables, dont l’ajout d’une chapelle achevée en 1681, ornée d’une crédence sculptée par Stéphanie de Virieu. Les communs et écuries datent également de cette période. En 1874, le comte de Saint-Ferriol, dernier descendant des Prunier, cède le domaine à Alphonse de Virieu, héritier d’une branche ancienne des propriétaires. Entre 1924 et 1928, une restauration ambitieuse est menée par Henri marquis de Virieu, nécessitant la vente du château de Brangues à Paul Claudel.
Classé Monument Historique par étapes (1965, 1990, puis en totalité en 2023), le château allie éléments défensifs médiéval (tourelles, courtine à mâchicoulis) et aménagements Renaissance/Classique (jardins en terrasses, parterres à la française). Son avant-cour, bordée de communs du XVIIe siècle, mène à une cour intérieure pavée, encadrée de bâtiments en quadrilatère irrégulier. Deux tours poivrières flanquent la façade ouest, tandis qu’un escalier à double volée dessert les jardins restaurés selon leurs plans d’origine.
À l’intérieur, la chambre du Roi, avec son lit à baldaquin en damas rouge, et la chambre blanche, meublée de marqueteries du XVIIe siècle, témoignent du faste aristocratique. La cuisine historique conserve une cheminée monumentale et des tapisseries d’Aubusson. Le colombier, les murs de soutènement et les vestiges du parc complètent cet ensemble, aujourd’hui ouvert au public de Pâques à la Toussaint, avec des visites parfois théâtralisées.
Le château de Virieu illustre ainsi près d’un millénaire d’histoire, depuis sa fondation féodale jusqu’à ses restaurations modernes, en passant par son rôle de résidence seigneuriale puis de lieu culturel. Son architecture hybride, mêlant défense et esthétique, en fait un exemple remarquable du patrimoine dauphinois, ancré dans le paysage du val de Virieu.