Origine et histoire du Château de Vitré
Le château de Vitré, édifié à partir du milieu du XIe siècle, trouve ses origines dans un premier vetus castrum en bois construit vers l’an mil par le baron Riwallon de Vitré sur une motte castrale (emplacement actuel de l’église Sainte-Croix). Incendié à plusieurs reprises, il est abandonné au profit d’un château en pierre bâti à la fin du XIe siècle par Robert Ier de Vitré sur un promontoire schisteux dominant la Vilaine. Un porche roman de cette époque subsiste encore aujourd’hui.
Au XIIIe siècle, le baron André III reconstruit le château sous sa forme triangulaire actuelle, inspirée du modèle philippien, et fortifie la ville. Le donjon circulaire, entouré de fossés secs, domine l’éperon rocheux. À sa mort, le domaine passe par alliance aux comtes de Laval, marquant le début d’une période de 150 ans mal documentée. La reconstruction majeure intervient entre 1384 et 1430 sous Guy XII de Laval : le château est agrandi, doté de défenses modernes (châtelet à double pont-levis, tour de la Madeleine, tour Saint-Laurent percée de canonnières) et transformé en résidence seigneuriale confortable.
La tour Saint-Laurent, logis du gouverneur et donjon symbolique, s’effondre en 1835 avant d’être reconstruite vers 1870. La tour de l’Oratoire, ornée d’un édicule Renaissance (1530) commandé par Guy XVI, illustre l’adoption précoce de ce style en Bretagne. Ses armoiries, entrelacées à celles de ses épouses, soulignent l’alliance entre pouvoir local et couronne. Le château abrite aussi une chapelle romane du XIIe siècle, remarquable pour son appareil polychrome en ardoise.
Au XVIe siècle, le château devient un bastion protestant sous les familles de Rieux et Coligny (1547–1605), résistant en 1589 à un siège de cinq mois mené par le duc de Mercœur. Après 1605, la famille de La Trémoille l’abandonne, accélérant sa dégradation. La Révolution française marque un tournant avec l’incendie accidentel du logis seigneurial en 1795, suivi de la construction d’une prison départementale au XIXe siècle sur son emplacement.
Classé monument historique dès 1872 (parmi les premiers en France), le château est restauré à partir de 1875 par l’architecte Denis Darcy. Arthur de la Borderie, historien local, y fonde un musée en 1876, malgré la destruction controversée de la collégiale de la Madeleine. Aujourd’hui, l’hôtel de ville occupe les bâtiments seigneuriaux reconstruits en 1912, tandis que les tours abritent des collections muséales (peintures, orfèvrerie, émaux de Limoges).
Le château illustre l’évolution des forteresses médiévales en résidences aristocratiques, tout en témoignant des conflits bretons (guerre folle, guerres de Religion) et de l’adaptation architecturale aux époques Renaissance et moderne. Son plan triangulaire, ses défenses du XVe siècle et son oratoire Renaissance en font un exemple unique du patrimoine breton.