Origine et histoire du Château de Wideville
Le château de Wideville, situé à Crespières (Yvelines) en Île-de-France, est construit entre 1580 et 1584 pour Benoît Milon, intendant des finances d’Henri III, sur les plans inspirés de Jacques Androuet du Cerceau. Il remplace un manoir médiéval dont subsistent les douves et une terrasse bastionnée. Le style Louis XIII, sobre et symétrique, se caractérise par un corps de logis central flanqué de deux pavillons, en brique et pierre blanche. Les intérieurs, décorés plus tard par Simon Vouet, reflètent le faste de la cour sous Louis XIII.
En 1630, le domaine est acquis par Claude de Bullion, surintendant des finances de Louis XIII, qui y ajoute une grotte artificielle (1635-1636), conçue par Thomas Francine et décorée par Simon Vouet, Jacques Sarrazin et Philippe de Buyster. Ce nymphée, l’un des derniers conservés en France, mêle mosaïques de coquillages, stucs et peintures mythologiques. Les jardins, redessinés par Bullion, intègrent des fabriques et des statues aujourd’hui dispersées.
Au XVIIIe siècle, le château passe entre les mains de nobles comme le duc d’Uzès, avant d’être restauré au XIXe siècle par le comte de Galard, qui modernise les intérieurs sous la direction de l’architecte Clément Parent. Au XXe siècle, le domaine change plusieurs fois de propriétaires, dont la baronne Antoinette Léonino (famille Rothschild) et, depuis 1995, le couturier Valentino Garavani. Classé Monument Historique en 1977, il conserve des éléments rares comme la grotte et des décors peints de Vouet.
L’architecture du château, typique des « maisons des champs » de Du Cerceau, se distingue par sa symétrie, ses lucarnes à fronton et son portique d’entrée inspiré de Philibert de l’Orme. Les façades, en brique et pierre de Crespières, contrastent avec les intérieurs richement ornés : cheminées sculptées par Mathieu Jacquet, solives peintes par Vouet, et un escalier à balustrades de bois. La chapelle originelle, décorée par Toussaint Dubreuil en 1584, a disparu, mais sept statues du nymphée, œuvres de Philippe de Buyster, subsistent dans le parc.
Le nom Wideville pourrait remonter à un compagnon de Guillaume le Conquérant, Hugues de Wideville, attestée sous des formes variées (Udeville, Guideville) dès le XIVe siècle. La famille de Wideville, originaire du nord de la France, aurait laissé son nom à ce domaine après s’être installée en Angleterre. Le château, témoin des fastes financiers de la Renaissance et du classicisme français, illustre aussi les transformations des résidences aristocratiques aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Au XXe siècle, le château perd une partie de son mobilier, comme le triptyque de Pagny, vendu en 1921 et aujourd’hui au musée de Philadelphie. Occupé par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, il est restauré après-guerre avant d’être acquis par des personnalités comme Jacques Setton (1981) puis Valentino. La grotte, classée et restaurée entre 1970 et 1976, reste un joyau du patrimoine, tout comme les boiseries Louis XV de l’ermitage, construit au XVIIIe siècle.