Origine et histoire du Château des Anglais
Le château des Anglais, situé à Autoire dans le Lot, est une forteresse troglodytique construite entre les XIe et XIIe siècles. Désigné sous le nom de la Rocca dans les textes anciens, il est édifié comme un abri sous roche fortifié, accolé à une falaise de 50 mètres de haut. Son emplacement stratégique, à la frontière des comtés d'Auvergne et de Toulouse, en fait un point de contrôle clé dans la région.
En 1178, la châtellenie de Saint-Céré, dont dépend Autoire, passe sous le contrôle des vicomtes de Turenne. Le château est probablement construit à cette époque par le baron de Castelnau-Gramat. En 1259, Garin de Castelnau, seigneur de Gramat, rend hommage pour le château (alors appelé la Roque d'Autoire) à Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse. En 1286, le site est cédé au roi d'Angleterre parmi d'autres seigneuries, marquant son rattachement aux possessions anglaises en France.
Pendant la guerre de Cent Ans (XIVe siècle), le château sert de repaire aux Compagnies anglaises, notamment occupées en 1378 par le capitaine de routiers Bernard de La Salle, au service du roi d'Angleterre. Après le conflit, le seigneur d'Autoire fait construire une tour avec escalier à vis et mâchicoulis, renforçant les défenses. Le site est ensuite occupé par les protestants en 1562, puis en 1588 par une bande commandée par le capitaine Vinsou (Jean Mollé), avant d'être restauré en 1647 par le vicomte de Turenne pendant la Fronde.
Abandonné au XVIIIe siècle, le château est pillé pour ses pierres par les habitants, puis envahi par la végétation. Il est inscrit aux monuments historiques en 1925. Ses vestiges incluent une tour nord avec poterne, une grotte fortifiée du XIIe siècle, et des terrasses en escalier. L'ensemble, long de 200 mètres, était protégé par quatre tours et une muraille, avec un village fortifié de 22 maisons en contrebas.
Architecturalement, le château combine des éléments troglodytiques et maçonnés en calcaire local. La turris centrale (tour féodale) date probablement du XIIIe siècle, avec des murs épais de 1,15 m et des planchers ancrés dans la roche. Un logis nord, ajouté entre la fin du XIIIe et le XIVe siècle, intègre des commodités comme une cheminée et des latrines. La tour d'escalier, ajoutée au XVe ou XVIe siècle, dessert les trois niveaux et est couronnée de mâchicoulis. Des traces d'extraction de pierre et des voies d'escalade modernes entourent aujourd'hui la falaise.
Le site illustre les adaptations militaires médiévales aux contraintes géologiques, avec des bâtiments partiellement creusés dans la roche et des défenses optimisées pour le contrôle des accès. Son histoire reflète les conflits franco-anglais, les guerres de Religion et les tensions locales, avant son déclin progressif à l'époque moderne.