Origine et histoire du Château des Célestins
Le château des Célestins à Limay trouve ses origines dans le monastère de la Sainte-Trinité, fondé en 1376 par le roi Charles V pour y installer une communauté de moines Célestins. Ce monastère, conçu comme un lieu de prière perpétuelle pour le salut du Royaume et une sépulture pour le chevalier Jean Martel, prospéra grâce aux dons royaux (dont 300 livres de rente) et à l’exploitation viticole. Placés sous la règle de saint Benoît, les moines, réputés pour leur piété, refusèrent en 1592 de participer à une procession en l’honneur d’Henri IV, invoquant leur idéal érémitique. Leur déclin s’amorça au XVIIIe siècle, aboutissant à la suppression du monastère en 1778 après leur refus de réformer leur règle.
Après la Révolution, le domaine fut acquis en 1791 par Louis François Alexandre Lemoine, futur maire de Limay, qui initia sa transformation en château néo-classique. Racheté en 1811 par des propriétaires absents, l’édifice tomba en décrépitude avant d’être restauré à partir de 1820 par Mme Lecordier de Petagny, puis par la famille Lefort et Lefébure jusqu’au XXe siècle. Inscrit aux Monuments historiques en 1970 pour ses façades et décors intérieurs Empire, le château, toujours privé, voit aujourd’hui son parc réaménagé en espace écologique public.
L’architecture actuelle associe un corps central à deux étages, une orangerie ornée de bas-reliefs, et une terrasse offrant une vue sur Limay et Mantes-la-Jolie. Le site, fermé au public, perpétue la mémoire des Célestins à travers son nom et son histoire, tandis que les archives locales (Bellamy, Bourlier, Fosse) documentent son évolution depuis le Moyen Âge. La suppression du monastère en 1778 marqua un tournant, liant son destin à celui des biens nationaux sous la Révolution.
La fondation du monastère en 1376 s’inscrivait dans une double logique : spirituelle (prière pour le royaume) et économique (relance agricole dans une région ravagée par la guerre de Cent Ans). Les moines cultivèrent la vigne, dont le produit servait à la liturgie et à l’accueil des visiteurs. Leur refus de quitter leur domaine, même pour des cérémonies royales, illustre leur attachement strict à la règle bénédictine. La Commission des réguliers (1766-1780), lancée sous Louis XV puis Louis XVI, scella leur sort en actant leur suppression après leur opposition aux réformes.
Au XIXe siècle, les transformations du château reflètent les goûts de l’aristocratie et de la bourgeoisie montante : néoclassicisme, décors Empire, et intégration paysagère. Paul Lefébure (héritier en 1912) acheva les aménagements, donnant au château son aspect actuel. Le classement partiel de 1970 protégea les éléments les plus remarquables, tandis que le parc, ancien domaine monastique, devient un projet municipal mêlant patrimoine et écologie. Les publications récentes (Montrose, 2023) soulignent son rôle dans l’héritage culturel du Vexin.