Origine et histoire
Le château des comtes d’Armagnac, situé à Lectoure (Gers), est un château-fort occupant l’extrémité occidentale de la ville, bâti sur un éperon rocheux quasi inexpugnable. Ses origines remontent au moins à l’époque romane, contemporaines des remparts de Lectoure. Il fut la résidence des comtes d’Armagnac jusqu’en 1473, date à laquelle Jean V d’Armagnac, dernier comte, y périt lors de la prise de la ville par Louis XI. Le château, ensuite résidence des gouverneurs et sénéchaux, subit des modifications défensives, dont un bastion circulaire puis un ouvrage polygonal inspiré de Vauban. Son isolement était renforcé par des remparts et une fausse braye, le rendant accessible uniquement via la ville fortifiée à l’est ou une poterne nord étroitement surveillée.
En 1632, le château accueillit le duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc emprisonné après sa révolte contre Louis XIII. Une légende locale, non documentée historiquement, raconte que des habitantes de Lectoure lui auraient fait parvenir une échelle de soie cachée dans un gâteau pour faciliter son évasion. Selon une source contemporaine (Simon Ducros, 1699), un projet d’évasion via les latrines du château, organisé avec la marquise de Castelnau, échoua après la mort du garde complice. Montmorency, blessé et affaibli par dix-sept blessures reçues à Castelnaudary, fut finalement exécuté à Toulouse. Cet épisode donna son nom aux allées aménagées au pied des remparts.
Au XVIIIe siècle, l’évêque Claude-François de Narbonne-Pelet obtint du roi la concession du château en 1758 pour y construire un hôpital-manufacture, répondant aux besoins croissants de la population. Le projet, lancé en 1759, visait à remplacer les petits hôpitaux éphémères de Lectoure, conçus initialement pour les pèlerins, par un établissement moderne combinant soins et ateliers pour les pauvres. Seul le premier bâtiment (aile nord) fut achevé avant que les fonds ne s’épuisent. L’hôpital fut finalement terminé sous l’Empire (1808-1812), avec l’ajout d’une chapelle décorée par le peintre Lasseran et la prise en charge des malades par les sœurs de Nevers jusqu’aux années 1960.
Les vestiges du château, visibles à l’ouest, révèlent son imposante structure défensive : murailles sur falaises calcaires, bastion carré restauré en 2015, et traces des logis adossés aux remparts. L’accès se faisait par une porte nord protégée par une fausse braye, tandis qu’une demi-lune et un fossé isolaient le château de la ville. Les destructions partielles au XVIIIe siècle pour l’hôpital ont préservé des éléments clés, comme la base d’une tour polygonale dans la cour intérieure et un petit cimetière attenant, offrant un belvédère sur la plaine du Gers.
L’hôpital, de style classique en forme de U, se distingue par ses arcades en plein cintre, son avant-corps à fronton triangulaire surmonté d’une horloge, et sa chapelle à abside semi-circulaire. Le sous-sol abritait une galerie voûtée dédiée aux ateliers pour nécessiteux, reflétant l’idéal des Lumières alliant charité et utilité sociale. La désaffectation des services hospitaliers en 2013 a conduit la municipalité à convertir le site en lieu d’expositions pour antiquaires et brocanteurs, tout en préservant son statut de Monument Historique (inscrit en 2016).
Les sources historiques soulignent l’ambiguïté autour de certains événements, comme la tentative d’évasion de Montmorency, tandis que les transformations architecturales (destruction du bastion en 1660, construction de l’hôpital) sont bien documentées. Le site illustre ainsi l’évolution d’une forteresse médiévale en un équipement civil majeur, témoin des mutations sociales et urbaines de Lectoure du XVIe au XIXe siècle.