Origine et histoire du Palais des comtes
Le palais des comtes du Maine, aussi appelé palais royal Plantagenêt, est édifié au Mans dans la Sarthe, au cœur de la cité médiévale. Initialement siège du pouvoir comtal dès le XIe siècle, il se développe autour d’une grande salle d’apparat (713 m2, 23 m de haut), complétée par des appartements princiers et une chapelle, la collégiale Saint-Pierre-la-Cour (IXe siècle). Occupé par les comtes héréditaires du Maine, puis par les Plantagenêts au XIIe siècle, il abrite des figures comme Geoffroy V d’Anjou, Henri II d’Angleterre et Bérengère de Navarre, veuve de Richard Cœur de Lion. Le palais perd son rôle résidentiel après 1204, devenant un centre administratif sous les Capétiens.
Au XIVe siècle, le palais est embelli par les Valois-Anjou : des galeries, la salle des Singes et celle de Bretagne (nommée en l’honneur de Marie de Bretagne) sont ajoutées. Cependant, dès le XVe siècle, les appartements se dégradent, transformés en bureaux pour le présidial et l’élection fiscale. François Ier offre une partie du palais à la ville, préfigurant sa conversion en hôtel de ville. Un incendie en 1720, une tempête en 1738 et l’effondrement de la charpente en 1757 accélèrent sa destruction partielle. La grande salle est alors remplacée par un bâtiment en équerre, tandis que la collégiale, désacralisée à la Révolution, est partiellement détruite.
L’architecture médiévale, bien que fragmentaire, révèle une grande salle romane comparable à celles de Poitiers ou Caen, flanquée de tours comme le Gros-Pilier (XIVe siècle). Les vestiges incluent des baies géminées, des contreforts en grès et des murs gouttereaux réemployés. Classé Monument Historique en 1930, le site conserve aussi la chapelle basse de Saint-Pierre-la-Cour. Au XIXe siècle, la reconnaissance de sa valeur patrimoniale permet des travaux de dégagement, notamment autour du Gros-Pilier, symbole des fortifications comtales.
Le palais illustre les transitions politiques du Maine : des comtes héréditaires aux Plantagenêts (1110–1204), puis aux Capétiens et à leurs apanages (Anjou-Sicile, Valois). Son déclin reflète la centralisation du pouvoir royal, tandis que sa réutilisation en hôtel de ville (XVIIIe siècle) ancré son rôle civique. Les dommages révolutionnaires et les reconstructions ont effacé une partie de son histoire, mais les fouilles et protections du XXe siècle ont préservé des éléments clés, comme la tour du Gros-Pilier ou les fondations gallo-romaines sous-jacentes.
La collégiale Saint-Pierre-la-Cour, liée aux reliques de Scholastique (patronne du Mans), fut reconstruite en 1093 par Élie Ier du Maine. Au XIVe siècle, Charles II d’Anjou y ajoute un chevet inspiré de la Sainte-Chapelle. Désaffectée en 1789, elle devient école puis bureaux, ne conservant que sa chapelle basse. Le palais, aujourd’hui propriété municipale, mêle ainsi héritages médiéval, renaissant et moderne, témoignant de près d’un millénaire d’histoire mansoise.