Origine et histoire du Château des duc d'Alençon
Le château des ducs d'Alençon, situé sur la rive gauche de la Briante à Alençon (Orne), fut initialement construit au IXe siècle sous Richard Ier de Normandie, puis confié à la famille de Bellême. Ce premier édifice, aujourd’hui disparu, servait de bastion contre les attaques angevines sur la frontière sud du duché. Au XIe siècle, le château fut le théâtre de conflits entre les ducs de Normandie et les seigneurs de Bellême, notamment lors des sièges menés par Robert Ier (1010-1035) et Guillaume le Bâtard (futur Guillaume le Conquérant) en 1050 pour reprendre la forteresse aux mains de Geoffroy Martel, comte d’Anjou. Les chroniques décrivent alors un château entouré de fossés profonds, de palissades et de tours en bois, incendié lors de l’assaut.
En 1113, Henri Ier Beauclerc, roi d’Angleterre et duc de Normandie, éleva un donjon roman carré, similaire à ceux d’Arques ou de Falaise, marquant une phase de reconstruction en pierre. Le château et le comté d’Alençon furent rattachés au domaine royal en 1220, avant d’être cédés en apanage à Pierre Ier d’Alençon, fils de Saint Louis, en 1269. Le site devint alors le centre d’un duché, jusqu’à ce que Jean Ier (1404-1415) y construise un second château autour du donjon existant. Ce nouvel ensemble, achevé vers 1400, abritera une cour fastueuse sous Charles IV d’Alençon et sa veuve Marguerite de Valois-Angoulême, sœur de François Ier, qui y accueillit des poètes comme Clément Marot.
La forteresse subit une destruction partielle en 1592 sur ordre d’Henri IV, ne laissant que le donjon et le pavillon d’entrée. Au XVIIIe siècle, le donjon fut partiellement démantelé (1782) après avoir servi brièvement de prison. Les vestiges restants — la Tour couronnée (XIVe siècle), le corps de logis attenant et le châtelet d’entrée flanqué de deux tours jumelles — furent classés monuments historiques en 1862. Converti en maison d’arrêt de 1804 à 2010, le site fut racheté par la ville d’Alençon en 2018 pour être réaménagé en espace public. Aujourd’hui, il ne reste que des éléments symboliques de l’ancienne grandeur du château, comme le châtelet aux tours jumelles ou la Tour couronnée, témoins de son rôle militaire et politique.
L’enceinte originale, jadis ceinte de tours semi-cylindriques (tour du Chevalier, tour Giroie) et de fossés alimentés par la Briante, a entièrement disparu, de même que la barbacane et le vaste parc s’étendant jusqu’à la forêt d’Écouves. Les pierres du donjon, partiellement utilisées pour reconstruire l’église Notre-Dame en 1744, illustrent les réemplois fréquents des matériaux médiévaux. Le château, symbole des tensions entre pouvoir ducal et seigneurial, incarne aussi les transformations architecturales et politiques de la Normandie, des conflits féodaux aux centralisations royales.
Parmi les épisodes marquants, le siège de 1087 menés par Robert de Bellême contre la garnison locale, ou l’occupation par Henri Ier Beauclerc en 1113, soulignent son importance stratégique. La cour des Alençon au XVe siècle, avec des figures comme Jean II (compagnon de Jeanne d’Arc) ou Charles IV, reflète son apogée culturel. La destruction partielle sous Henri IV, puis les démantèlements successifs, scellent son déclin militaire au profit de fonctions civiles (prison, puis espace urbain).