Origine et histoire du Château des évêques d'Auxerre
Le château de Varzy, aussi appelé château épiscopal, fut construit vers le milieu du XIIe siècle par Hugues de Noyers, évêque d’Auxerre, sur l’emplacement d’une demeure du Xe siècle fondée par l’évêque Gaudry. Ce dernier, de retour de Rome en 923 avec des reliques, avait fait ériger près de l’église Sainte-Eugénie un logement épiscopal, noyau initial du futur château. Situé en rive gauche du ruisseau de Cœurs, le site fut souvent convoité et fortifié pour se protéger des seigneurs locaux et des invasions, comme celle des Normands aux IXe-Xe siècles, période durant laquelle des reliques y furent abritées.
Au XIIe siècle, le château devint un enjeu stratégique : Hugues de Noyers y ajouta des tours et des fossés, tandis que des conflits opposèrent les évêques aux comtes d’Auxerre et aux seigneurs de Donzy. Guillaume IV s’empara même de Varzy en 1164 avant que le roi n’ordonne sa restitution. Les évêques suivants, comme Guillaume de Toucy (1167-1181), agrandirent le domaine et y tinrent des assises. Le château fut partiellement détruit par un incendie au XIIIe siècle, puis rebâti par Guy de Mello, qui y ajusta des logements le long des murs d’enceinte.
Du XVe au XVIIIe siècle, le château servit de résidence principale à plusieurs évêques, comme Pierre de Longueil, qui y mourut en 1473, ou Nicolas Colbert, frère du ministre de Louis XIV, qui y décéda en 1676 après y avoir aménagé des promenades. En 1764, Champion de Cicé fit reconstruire le bâtiment central et démolir une aile. À la Révolution, le château fut vendu comme bien national et transformé en faïencerie (1794-1803), avant de devenir une colonie de vacances au XXe siècle. Aujourd’hui propriété de la commune de Varzy, il accueille des événements publics.
Le site conserve des traces de son passé médiéval, comme les bâtiments du XVe siècle épargnés lors des rénovations, et une chapelle dédiée à saint Regnobert. Son jardin abrite une statue symbolisant la Biennale Européenne de Forges, rappelant l’artisanat local. Les archives révèlent aussi son rôle dans les conflits féodaux, comme la reconnaissance en 1651 de l’évêché comme suzerain de Donzy, grâce à des documents exhumés sur place.
Parmi les anecdotes marquantes, le château abritait des reliques de saint Laurent et sainte Eugénie, offertes par le pape Jean X à Gaudry en 923, ainsi que celles de saint Regnobert de Bayeux, cachées lors des invasions normandes. Ces reliques servirent à la dédicace de l’église Saint-Regnobert d’Auxerre au XIIIe siècle. Le château fut aussi le lieu de mort de plusieurs évêques, comme Geoffroy de Champallement en 1076, souhaitant être enterré au prieuré voisin de La Charité.