Origine et histoire
Le château des Hattstatt-Schauenbourg, situé à Soultzbach-les-Bains, est mentionné pour la première fois en 1289, bien que sa construction ait pu débuter dès 1275, simultanément à l’enceinte fortifiée du bourg commanditée par Conrad Wernher III de Hattstatt. Ce dernier cherchait à isoler le château rival de Wassenberg, propriété des Girsberg. Les travaux initiaux incluaient murs et fossés, comme le rapportent les Annales des Dominicains de Colmar. Dès 1294, Conrad cède la moitié de la ville au duc de Lorraine, puis la moitié du château en 1306 sous forme d’oblation féodale. En 1310, il vend ses dernières parts du village au duc et à la famille de Blâmont, marquant le début d’une série de changements de propriétaires au XIVe et XVe siècles.
Au XVIe siècle, Jacques de Hattstatt, bailli du duc de Lorraine, entreprend d’importants travaux (1505) : ajout d’un oriel, d’une tourelle polygonale, et d’éléments intérieurs comme une armoire murale aux armes des Hattstatt-Rathsamhausen. Après l’extinction des Hattstatt en 1585, un long procès aboutit à la transmission du fief aux Schauenbourg en 1605. Ces derniers transforment le château en hôtel pour curistes, profitant de la source minérale découverte en 1603. Au XVIIe siècle, un étage supplémentaire est ajouté, puis supprimé au XVIIIe avec une reprise complète des percements, adaptant l’édifice à sa fonction thermale.
En 1903, la congrégation des Sœurs de la Divine Providence de Ribeauvillé acquiert le site pour en faire une maison de retraite, aménageant chapelle et jardin. Les bâtiments sont partiellement reconstruits au XXe siècle (années 1970), avant sa revente en 2007. Aujourd’hui, le château conserve des maçonneries du XIIIe siècle (chaîne d’angle à bossages), des éléments Renaissance (tourelle, oriel), et des vestiges de l’enceinte médiévale intégrés aux élévations postérieures. Inscrit aux monuments historiques en 2009, il illustre l’évolution architecturale et fonctionnelle d’un site seigneurial alsacien.
Le château se compose de plusieurs corps de bâtiment (A à G) organisés autour d’une cour fermée, incluant des éléments défensifs (tourelle à 5 pans, fossé comblé) et des espaces aménagés (jardin, réfectoire du XVIIIe siècle). Le corps principal (A) présente des encadrements en grès, des marques de tâcheron, et un décor intérieur mouluré. Le bâtiment B, en retour d’équerre, abrite une chapelle et conserve une porte en plein-cintre à bossages. Les dépendances (C à G) datent des XVIIIe–XXe siècles, reflétant les adaptations successives du site.
L’histoire du château est marquée par des rivalités seigneuriales (Hattstatt vs Girsberg, Blâmont), des alliances féodales (ducs de Lorraine), et des reconversions économiques (hôtel thermal, maison de retraite). Les gravures de M. Mérian (XVIIe siècle) et les dessins de l’abbé Bobérieth (1835) documentent ses transformations. Son architecture mêle ainsi héritage médiéval, Renaissance alsacienne, et modernisations, témoignant de 7 siècles d’histoire locale.