Origine et histoire
Le château des Marches, à l’origine appelé château de Murs, est une ancienne maison forte édifiée au XIVe siècle sur un mamelon stratégique de la combe de Savoie, à la frontière entre le comté de Savoie et le Dauphiné. Construit par Amédée V de Savoie en 1301-1302 sous forme d’un château en bois sur motte, il est reconstruit en pierre à partir de 1342 par Aymon le Pacifique, puis achevé par son fils Amédée VI (le Comte Vert). Ce site contrôlait les routes vers Chambéry, Lyon, Grenoble et l’Italie, jouant un rôle clé dans la défense occidentale de la Savoie.
À partir du XVe siècle, le château passe entre les mains de familles nobles savoyardes : les Cordon (1346-1392), les La Balme (1403-1442), puis les Montmayeur, qui y ajoutent une chapelle dédiée à saint Michel. En 1491, la seigneurie est érigée en comté et unie au fief de Montmayeur. Le château change ensuite de propriétaires, notamment les Miolans (1486-1523), avant d’être racheté en 1531 par François Noyel de Bellegarde, ministre du duc de Savoie. Cette famille le transforme en résidence de plaisance et le conserve jusqu’en 1830.
Le château est profondément remanié à la Renaissance et à la veille de la Révolution. En 1780-1790, Eugène de Bellegarde y fait ériger une salle des fêtes décorée de peintures en trompe-l’œil par les frères Galliari, classées en 1952. Pendant la Révolution, il est le théâtre d’un épisode de résistance en 1792 contre les troupes françaises, avant d’être occupé par le général Montesquiou. Au XIXe siècle, il devient un orphelinat, puis un hôpital militaire pendant les deux guerres mondiales, avant d’être transformé en maison de retraite en 1972.
Architecturalement, le château combine des éléments médiévaux (enceinte quadrangulaire, tours rondes, murs épais) et des ajouts Renaissance (péristyle italianisant, salle de bal Louis XVI). La façade nord-ouest, flanquée de deux tours cylindriques, protégeait l’entrée originale du XVe siècle, tandis que la façade opposée, ouverte sur la vallée de l’Isère, était surveillée depuis des poivrières en encorbellement. Les remparts et fenêtres à meneaux, supprimés au XVIe siècle, ont cédé la place à des ouvertures plus larges, reflétant son évolution vers un château de plaisance.
La châtellenie des Marches, créée en 1301 dans le contexte des conflits avec le Dauphiné, regroupait les paroisses de Pierre Grosse, Myans, Saint-André et Les Marches. Les châtelains, officiers nommés par les comtes de Savoie, y exerçaient des fonctions judiciaires, fiscales et militaires. Les archives départementales de Savoie conservent des comptes de châtellenie couvrant la période 1339-1494, témoignant de son importance administrative et stratégique.
Au XXe siècle, le château, après avoir servi d’école ménagère (1950), est toujours une maison de retraite de 90 places. Ses peintures décoratives des Galliari, restaurées en 2012-2013, et sa salle des fêtes classée en font un site patrimonial majeur de Savoie, illustrant près de sept siècles d’histoire entre défense militaire, vie aristocratique et vocations sociales.