Origine et histoire du Château des Rochers Sévigné
Le château des Rochers-Sévigné, édifié sur une colline rocheuse près de Vitré (Ille-et-Vilaine), est un manoir gothique du XVe siècle transformé aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Il doit sa célébrité à Madame de Sévigné (1626–1696), qui y séjourna après la mort de son mari et y écrivit ses célèbres lettres à sa fille, Françoise de Sévigné. La propriété, organisée en plan en L avec deux tours, inclut une chapelle octogonale construite en 1671 pour son oncle, l’abbé de Coulanges, ainsi qu’un jardin à la française créé en 1689 et restauré en 1982.
La seigneurie des Rochers, dépendante de la baronnie de Vitré, passa entre les mains de plusieurs familles nobles. Au XVe siècle, elle appartenait aux Mathefelon, qui la transmirent par mariage aux Sévigné en 1410. La famille de Sévigné la conserva jusqu’au début du XVIIIe siècle, date à laquelle elle fut vendue en 1715 à Jean-Paul Hay, marquis des Nétumières, parent des Sévigné et héritier partiel de la succession. Les Hay des Nétumières, parlementaires bretons, agrandirent le domaine au XVIIIe siècle avec des communs (écuries, orangerie) et acquirent l’hôtel de Sévigné à Vitré, réunissant ainsi des biens autrefois dispersés.
Le château, partiellement inscrit aux monuments historiques dès 1942 et 1944, bénéficia d’une inscription globale en 1995. Son parc, ses allées baptisées par Madame de Sévigné, et son « mur à écho » — utilisé pour lire des textes à sa fille — illustrent l’intimité littéraire et familiale du lieu. Aujourd’hui propriété privée, le domaine abrite un musée associé, un golf et des salles de réception, perpétuant son lien avec l’histoire bretonne et épistolaire.
L’histoire juridique de la seigneurie révèle une complexité typique de l’Ancien Régime : bien que les Rochers ne fussent qu’une moyenne justice, leurs possesseurs exercèrent aussi des hautes justices via d’autres fiefs acquis par alliances (la Haye de Torcé, le Pin). Ces juridictions furent centralisées à Étrelles au XVIIe siècle, renforçant le prestige — bien que contesté — des Sévigné comme seigneurs haut-justiciers. La transmission du domaine reflète les stratégies matrimoniales et successorales de l’aristocratie bretonne, depuis les Mathefelon (XIIIe–XVe siècles) jusqu’aux Simiane et aux Hay des Nétumières (XVIIIe siècle).
Architecturalement, le logis en équerre, modifié aux XVIIe et XVIIIe siècles, conserve des éléments gothiques initiaux. La chapelle, dédiée à l’abbé de Coulanges (le « Bien-Bon »), et le jardin à la française, recréé d’après les plans de 1689, témoignent des goûts artistiques de l’époque. Les communs du XVIIIe siècle, de « belle qualité », et le pavillon vitré ajouté en 1885 montrent une évolution continue du domaine, entre héritage médiéval et adaptations modernes. Le site, ouvert au public, mêle ainsi mémoire littéraire, patrimoine architectural et cadre paysager préservé.