Origine et histoire du Château des Rosiers
Le château des Rosiers trouve son origine dans une abbaye cistercienne fondée en 1240 à l’initiative de Baudouin II d’Autry. Les moines, installés dans une zone marécageuse autrefois peuplée de roseaux, y établissent un monastère qui essaimera dès 1244 avec la création de l’abbaye de Clairmarais près de Reims. L’édifice, marqué par un portail gothique et une nef de 47 mètres, illustre l’architecture religieuse médiévale avant sa transformation progressive.
Pendant la guerre de Cent Ans, l’abbaye subit de lourds dommages, réduisant son statut à celui d’un simple prieuré dépendant de Clairvaux. Les guerres de Religion achèvent de la dégrader au XVIe siècle, provoquant le départ définitif des moines. À la Révolution, le domaine est vendu comme bien national : l’annonce mentionne une chapelle, une maison de maître et des bâtiments agricoles. Rachat en 1798 par la famille Béchet de Balan, il reste dans leurs mains près de deux siècles, avec une restauration initiée en 1918.
L’ancienne église abbatiale conserve deux dalles funéraires médiévales remarquables : celle de Baudoin d’Autry (mort en 1246) et celle de Nicolas des Armoises, chevalier dit « le gueulard » (1303), représentée avec un lion à ses pieds et une épitaphe en ancien français. Le domaine, inscrit aux Monuments Historiques en 1956 (classement partiel pour le chevet et le transept nord), allie aujourd’hui un parc boisé avec saut de loup, des allées et une terrasse délimitée par un muret, le tout dans un cadre privé non ouvert au public.
Le nom « Rosiers » viendrait des roseaux (ou rosel en ancien français) peuplant autrefois les marais environnants. Situé au nord-est du bourg de Séchault, entre l’ancien aérodrome OTAN de Vouziers-Séchault et la route D121, l’ensemble témoigne des mutations d’un site religieux en résidence seigneuriale, puis en propriété agricole. Les vestiges gothiques, comme le portail ouest, coexistent avec des aménagements des XVIIe et XVIIIe siècles, reflétant son évolution architecturale.
Les sources historiques, dont les travaux d’Hubert Collin ou d’Octave Guelliot, soulignent son rôle dans le réseau cistercien regional. Les dalles funéraires, classées parmi les rares exemples ardennais de sculpture médiévale, offrent un aperçu des pratiques commémoratives de l’aristocratie locale. Aujourd’hui, le château des Rosiers reste un témoignage privé de ce patrimoine, protégé mais inaccessible, où se mêlent histoire monastique, mémoire chevaleresque et transformations nobles.