Origine et histoire du Château des Saptes
Le château des Saptes, situé à Conques-sur-Orbiel dans l’Aude, fut construit au 1er quart du XVIe siècle par les frères Saptes, riches drapiers. À l’origine, ce site abritait un moulin industriel (le moulin de la Torte) transformé en un complexe manufacturier complet : préparation de la laine, lavage, foulage, teinture, tissage et finition. Les ateliers étaient complétés par des logements pour les artisans spécialisés (tisserands, retorseurs, maçon), formant une communauté autarcique autour de la production drapière. Aucune modification majeure des installations ne fut enregistrée entre 1534 et 1779, témoignant d’une stabilité technique remarquable sur près de 250 ans.
Le château, de plan rectangulaire flanqué de trois tours et d’une chapelle, était ceint de lices et de fausses-brayes (défenses aujourd’hui disparues). Entre 1663 et 1689, il fut surélevé d’un étage, tandis qu’au XVIIIe siècle, les remparts furent partiellement démantelés. En 1779, le domaine fut vendu à un médecin de Carcassonne, qui rasa la plupart des bâtiments industriels (sauf ceux en bordure de l’Orbiel) pour créer un jardin et convertir le château en exploitation agricole. Les éléments préservés incluent des fenêtres à meneaux, une charpente d’origine (datée du début XVIe) et une porte Renaissance ornée de pilastres corinthiens menant à la chapelle.
L’édifice fut inscrit aux monuments historiques en 1948, notamment pour son porche de chapelle, sa dalle funéraire et ses charpentes médiévales. Les vestiges architecturaux (comme les sols en brique estampillée ou les caves voûtées) révèlent une organisation spatiale distincte : la partie est, bâtie dans le roc, abritait les métayers, tandis que l’aile ouest, sur caves, contenait les grands appartements et un escalier en vis éclairé par un puits de lumière. Aujourd’hui, le château reste un domaine rural privé, témoin de l’âge d’or de la draperie languedocienne.
Le site illustre l’intégration entre habitat noble et activité industrielle typique du Sud-Ouest français à la Renaissance. Les frères Saptes, en concentrant toute la chaîne de production (du brut au tissu fini) sur un même domaine, préfiguraient les manufactures proto-industrielles. La disparition des défenses au XVIIIe siècle reflète le déclin des enjeux militaires au profit d’usages agricoles, tandis que la conservation partielle des ateliers rivulaires souligne l’adaptation des espaces à de nouvelles fonctions économiques.
Les éléments protégés (arrêté du 14 avril 1948) incluent des détails architecturaux rares, comme les assemblages de charpente (poteaux, aisseliers, poinçons) ou les décors sculptés des semelles et chapiteaux. La dalle funéraire et le sol en brique estampée (marqué d’un motif de soldat) évoquent quant à eux le statut social des propriétaires, entre bourgeoisie marchande et noblesse terrienne. Le château des Saptes incarne ainsi la transition entre Moyen Âge et époque moderne, où l’enrichissement par le commerce textil permit l’ascension d’une élite locale.