Origine et histoire du Château de Richard Coeur de Lion
Le château dit de Richard Cœur de Lion, situé à Saint-Nicolas-de-la-Grave dans le Tarn-et-Garonne, est mentionné pour la première fois dans une charte de 1135. À l’origine, il est construit par les moines de l’abbaye de Moissac sur un site stratégique, dominant la confluence de la Garonne et du Tarn. Ce lieu, disputé par les vicomtes de Lomagne, devient une sauveté en 1135, offrant liberté et protection à ses habitants sous l’autorité conjointe de l’abbé Guillaume, du vicomte Saxetus de Lomagne et de la vicomtesse Sybille d’Auvillar. Une charte additionnelle garantit la protection du bourg et de son château contre les envahisseurs, consolidant son rôle défensif et commercial avec un port fluvial actif.
Vers 1185, le roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion, lors de sa campagne en Quercy, aurait séjourné dans ce château et y aurait fait ériger la tour des Anglais, une tour avant renforçant les défenses. L’abbé Bertrand de Montaigu (1260-1295) achève la construction du château au XIIIe siècle, ajoutant l’aile ouest et deux tours carrées de 25 et 28 mètres de haut. Le bourg, ceint de remparts (aujourd’hui disparus), s’organise alors autour d’une place centrale, avec un plan rectangulaire de 440 mètres sur 200, traversé par un axe principal.
Au fil des siècles, le château subit des transformations majeures. Une tour est détruite en 1648, et en 1849, une partie sud du château (dont une tour et un corps de bâtiment) est démolie pour adapter les lieux à une caserne de gendarmerie. Les façades et toitures restantes sont inscrites aux Monuments Historiques en 1978. Aujourd’hui, le château abrite la mairie de Saint-Nicolas-de-la-Grave, conservant des éléments défensifs du XIIIe siècle, comme l’aile est et ses tours d’angle, malgré des aménagements ultérieurs ayant altéré son aspect originel.
Le site est aussi lié à des figures historiques locales, comme Aymeric de Peyrac, qui y rédigea au XIVe siècle sa Chronique de Moissac. La légende de Richard Cœur de Lion, bien que non attestée par des sources contemporaines, persiste dans la tradition orale, associant le château à l’époque des conflits anglo-français en Aquitaine. Son architecture mêle ainsi héritage médiéval, adaptations Renaissance et modifications du XIXe siècle, reflétant son évolution depuis forteresse monastique jusqu’à bâtiment administratif.
La commune de Saint-Nicolas-de-la-Grave, située à un carrefour entre Gascogne, Guyenne et Quercy, tire une partie de son identité de ce château. Son histoire est aussi marquée par son port fluvial, aujourd’hui disparu avec le retrait des eaux de la Garonne, et par son rôle de sauveté, modèle d’organisation urbaine médiévale sous protection ecclésiastique. Les vestiges du château, intégrés au tissu urbain, rappellent cette période où moines, vicomtes et rois se disputaient l’influence sur ce territoire stratégique.